J’étais très malade et, selon les prévisions de grand-mère, j’étais destiné à pourrir irrévocablement vers seize ans, et à me retrouver dans l’autre monde. L’autre monde m’apparaissait comme une sorte de vide-ordures, le passage d’une frontière au-delà de laquelle les choses cessaient d’exister. Tout ce qui se retrouvait dans le réceptacle disparaissait de façon irrémédiable et affreuse. Il était possible de réparer ce qui avait été cassé, de retrouver ce qui avait été perdu, mais ce qui était jeté dans ce vide-ordures n’était plus qu’un souvenir et tombait dans l’oubli. Si grand-mère voulait se débarrasser de quelque chose, tant que le réceptacle n’était pas refermé, je savais que cette chose existait, qu’il y avait un espoir de le récupérer ou au moins de la voir ; une fois le couvercle refermé, l’existence de cet objet cessait à jamais.

Enterrez-moi sous le carrelage – Pavel Sanaïev

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