Si vous prenez tous les jours le train, le RER, le métro, vous avez forcément expérimenté les accidents de personne. Guillaume Vissac nous propose des textes un peu déroutants avec un rythme bien particulier.

Mais d’où t’es venue l’idée de lire ce livre ?

Lors de ma dernière tournée numérique, c’est @GarpAvecArobase qui me l’a recommandé.

La quatrième de couv :

Pendant presque deux ans, je passais entre deux et trois heures par jour en transport en commun (RER, métros). Tout ce temps là, mis bout à bout, ça fout la lourde comme on dit par chez moi, le vertige.

J’ai donc eu mon compte d’accidents de personne, je ne les ai pas comptés, mais toujours une atmosphère particulière dans le wagon lorsque le conducteur l’annonce, ou sur les quais quand les écrans clignotent.

Un jour l’un d’entre eux m’a fait arriver deux heures en retard dans mon boulot de l’époque. Ce jour-là, l’idée d’en faire quelque chose, de prendre des notes, et l’écriture de la toute première.

La prise de notes a duré un an et demi. Toutes ces notes (ou la plupart) ont été écrites directement embarqué soit dans les wagons, soit sur les quais, au téléphone portable classique, ensuite via l’iPhone.

J’ai vu de suite que c’était un truc fait pour twitter. Je n’ai pas twitté en live : j’ai un peu peur de l’instantané, et puis il fallait l’organiser, faire le ménage. Alors ça s’est étendu dans le temps, et tant mieux, ça m’a permis de faire mûrir .

Fin 2010, j’avais plus de 200 fragments d’écrits, tous de moins de 140 caractères, alors j’ai créé le compte @apersonne, j’ai épuré mon texte. J’en ai gardé environ 160.

De cette façon, j’ai pu mettre en ligne 5 fragments par jour pendant un mois tout juste. C’était novembre, j’ai choisi décembre, et ça tombait bien avec Noël et réveillon à la fin comme acmé. L’idée était là depuis le tout début, de pouvoir programmer les twitts à heure fixe, tous les jours 7h, 9h, 12h, 18h et 20h, afin que les twitts puissent être lus aux heures de pointe, dans les transports précisément. Et puis ça avait un côté feuilleton : les followers ont commencé à savoir que c’était « bientôt l’heure d’@apersonne ».

Passé fin décembre, j’ai mis au propre, rassemblé le tout dans un abécédaire. A l’origine il n’était pas prévu que des figures émergent, et puis des personnages sont apparus d’eux mêmes, par exemple celui qui cherche une chanson idéale pour la passer au moment de mourir, celle qui se tue mais plusieurs fois, car ça marche pas, les régulateurs de flux que je voyais tous les jours deux fois par jour, etc.

Alors les classer par personnages, c’était une idée. Les notes de bas de page, c’est venu pendant cette phase là, histoire de faire dialoguer tout le monde, du coup toutes les notes sont inédites, jamais apparues sur twitter, plus de 140 caractères pour certaines.

Je me demande toujours au moment de compiler ce genre de projet volatile : quelle sera la règle du jeu ? La règle du jeu ,ce serait de pouvoir naviguer dans tout ça sans suivre d’ordre, ni alphabétique ni rien, simplement rebondir d’une fiction à l’autre. J’aime cette idée de ne pas lire de la page 1 à la page 99 mais dans le désordre.

D’où les 271 liens, chaque titre dans les notes étant discrètement interactif.

Mon avis :

Presque tout est déjà dit dans la présentation faite par Guillaume Vissac lui-même. Un an et demi à subir des accidents de personne, ça laisse du temps, ça fait perdre du temps aussi, à attendre dans un train, un métro, sur les bords d’un quai. Du temps pour essayer de comprendre, se mettre à la place, relater ce que peuvent bien être ces derniers moments, mais les moments d’après aussi, ceux où il faut venir récupérer un corps, ou seulement un bout de corps… Et puis, finalement, dégager des ressemblances entre ces accidents, entre ces personnes: celles qui broient du noir, qui commencent à comprendre, celles qui conduisent aussi et sont en première ligne, à subir ces accidents…

Les phrases sont courtes, car prévu au départ pour twitter et ses 140 caractères. Ça donne tout de suite un rythme bien à part, qui claque un peu, surtout sur un sujet pareil. Pas le temps d’entrer dans les détails (ou si peu, avec les notes de bas de page). Mais l’idée essentielle est là, même si du coup, c’est un peu étrange, un peu dérangeant, un peu déroutant…

Pour une fois, j’ai ressenti un décalage entre le fond et la forme. J’ai apprécié le regard porté sur ces accidents, mais c’est la forme qui m’aura posé problème. Je pense que j’aurais plus apprécié ces bouts de texte sur twitter, vu qu’ils étaient formatés pour ce support. Celui-ci permettait aussi, comme le dit Guillaume Vissac, de créer une sorte d’attente, de flux continue, alors que là, j’ai navigué de liens en liens, perdue parfois dans ce « désordre », moi qui aime bien quand même lire de la page 1 à la page 99… Peut-être une question d’habitude.

Détails :

Auteur : Guillaume Vissac
Editeur : Publie.net
Date de parution : 23/01/2011
128 pages

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