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La magie dans les villes – Frédéric Fiolof

La magie dans les villes – Frédéric Fiolof

La magie dans les villes - Frédéric FiolofJe vous recommande vivement la lecture de ce livre de la rentrée littéraire 2016 !

La quatrième de couv :

« Force est de constater qu’il y a un nombre considérable de détails à régler. Les poissons-scies ne scient jamais rien, certains oiseaux ont un bec si lourd qu’ils peuvent à peine se nourrir, des enfants ont dans les yeux toute la vieillesse du monde, chaque homme est fait de beaucoup d’eau qui ne désaltère pas… Autant lire l’heure sur une horloge foudroyée ! Du coup, il se sent moins seul. Il lève les yeux au ciel et dit Mon Dieu, toi non plus tu n’as pas l’air tellement bricoleur. »

Tout près et très loin de lui, il y a sa femme, ses enfants, sa peur, ses morts, un ange intermittent et une vieille fée à bout de souffle. Saisi d’étonnement perpétuel, il flotte entre ses souvenirs, ses rêves éveillés et l’âpreté de la vie.
La Magie dans les villes parle de ce qu’il reste lorsqu’on a renoncé à tout. C’est aussi le portrait d’un homme désaccordé, banal et extravagant, qui porte la vie comme un costume mal taillé.

Mon avis :

Il est un père qui préfère dire la vérité à ses enfants et qui le soir, pour les endormir, leur raconte l’histoire d’un «père qui avait oublié les histoires qu’on raconte aux enfants pour les faire grandir». Il est un mari qui veut un troisième enfant, mais que si c’est lui qui le porte parce qu’il est «fatigué d’être un père abstrait, (il veut) inventer la paternité concrète». Il est un homme qui rencontre des fées fatiguées, pense que rien ne devrait finir car «les choses finissent parce qu’elles manquent de souffle ou parce qu’on manque de souffle pour elles» et parfois, entre deux bouffées de cigare, c’est aussi un homme qui  discute avec un ange.

C’est un portrait plein de tendresse et de poésie. Une balade dans la vie d’un monsieur tout le monde. Un bonhomme juste un peu plus sensible, juste un peu en décalage, un qui pense que «ça pourrait être ça, la paix: ces cinq petites secondes que le temps prend chaque jour sur lui pour nous tirer du sommeil». C’est des fragments d’une vie d’homme. Avec ses travers, ses peurs, ses petits bonheurs  et un coeur gorgé de pluie. Souvent j’ai pensé à Thomas Vinau en lisant ce texte: une même forme de poésie, de douceur et de cruauté mêlées par rapport à la réalité.

Est-ce qu’il faut lire ce livre ? Oui, bien sûr que oui ! Vous y trouverez un refuge d’une centaine de page, un petit cocon pour vous tenir au chaud et appréhender la vie avec un coeur plus léger !

Extrait

La magie dans les villes - Frédéric Fiolof

Vous pouvez aussi écouter quelques extraits lus par Christophe Sanchez.

Lire un extrait en ligne.

Détails :

Auteur : Frédéric Fiolof
Éditeur : Quidam
Date de parution : 08/2016

Black no more – Georges S. Schuyler

Black no more – Georges S. Schuyler

Black no more - Georges S. SchuylerUne satire brûlante contre les préjugés raciaux des Etats-unis et les bigots de tout bord. A découvrir absolument !

La quatrième de couv :

Selon Max Disher, jeune Noir de Harlem en ce début des années 1930, un membre de sa communauté n’a que trois alternatives : « Foutre le camp, devenir blanc ou serrer les dents ». Incapable de partir et n’appréciant guère de s’aplatir, Max va bondir sur la deuxième opportunité.

En effet, grâce à Black No More™, mystérieux procédé créé par un certain Dr Junius Crookman, qui permet de changer de couleur de peau en trois jours (et vingt-quatre heures seulement pour un nouveau-né !), Max et une foule de clients noirs empressés sont blanchis et peuvent ainsi s’introduire dans un monde qui leur était jusque-là interdit. Mais les Blancs sont-ils vraiment plus heureux ? Ce que Max découvre de leur société ne tarde pas à le laisser dubitatif…

Roublard et opportuniste, notre anti-héros ira néanmoins au terme d’une rocambolesque aventure qui fera de lui, l’ex-Noir de Harlem, le porte-parole d’une nouvelle organisation suprématiste blanche, les Chevaliers de Nordica, des épigones du Ku Klux Klan qui s’insurgent contre la transformation de la race à grande échelle !…

Fable satirique grinçante, dans la lignée d’un Swift et d’un Orwell, Black No More ne se contente pas de déboulonner les mythes de la suprématie blanche et de la pureté raciale mais brocarde aussi les principaux leaders de la NAACP et de la Harlem Renaissance. Original et atypique, le roman de Schuyler nous offre un point de vue décapant sur l’hypocrisie, la démagogie et les magouilles populistes accompagnant l’obsession américaine pour la couleur de peau.

Mon avis :

Avoir du mal à trouver un boulot, vivre dans un quartier pauvre, se faire rabrouer par les femmes blanches… Voilà un peu le quotidien de Max et Bunny, deux amis de longue date. Noirs tous les deux, ils n’en peuvent plus de subir leur condition. Alors qu’ils imaginent, de l’autre côté de la « barrière », une vie de douce volupté, d’argent facile et de porte ouverte à la moindre envie. Lorsque l’un de leur ancien camarade invente Black No More™, un procédé révolutionnaire pour blanchir les Noirs, Max saute sur l’occasion! Il sera l’un des premiers à se faire blanchir et à ainsi accéder à cette vie tant rêvée ! Car une fois le procédé appliqué, impossible de faire la différence entre un Blanc et un Noir. L’illusion est parfaite !

Passé de l’autre côté de la barrière, il va vite se rendre compte que la vie des Blancs n’est pas forcément des plus joyeuses. « Il manquait quelque chose à ces lieux de distraction des Blancs, ou alors on y trouvait ce qu’on ne risquait pas d’observer dans les boîtes de Harlem. Ici, la joie et l’abandon étaient forcés. Les clients en faisaient des tonnes pour se prouver qu’ils prenaient du bon temps. Tout cela était si artificiel et si différent de ce à quoi il était habitué. Il lui semblait que les Noirs étaient plus gais et s’amusaient plus sincèrement tout en montrant plus de retenue. » Passé une première phase d’adaptation, et alors que Black No More™ prend de l’ampleur et suscite de plus en plus de craintes de la communauté blanche (notamment dans le Sud des Etats-Unis), Max décide de profiter de la situation et de se faire un maximum d’argent, tout en courtisant la femme qui l’a rejeté parce qu’il était Noir.

Paru en 1931 aux Etats-Unis, ce livre est une satire brûlante contre les préjugés raciaux des Etats-unis, les bigots de tout bord et un système économique basé sur le malheur des autres. Une belle réflexion sur cette dichotomie entre deux races que tout est censé séparer. Une histoire poussée jusqu’à frôler le ridicule, terminant sur une pirouette finale des plus drôles ! A découvrir absolument !

Extrait

Ce livre est dédié à tous les Caucasiens de la grande République qui peuvent faire remonter leurs origines jusqu’à la dixième génération et affirmer sans ciller que leur arbre généalogique n’a pas la moindre branche, brindille ou feuille noires.

Détails :

Auteur : Georges S. Schuyler
Éditeur : Wombat
Date de parution : 14/04/2016

Surveillances – Collectif

Surveillances – Collectif

Surveillances - CollectifCes histoires là vous feront froid dans le dos. Et peut-être même réfléchir à deux fois avant de poster votre localisation au supermarché…

La quatrième de couv :

Fut un temps où la sauvegarde de nos vies (sauvegarde au sens informatique qu’on lui prête aujourd’hui) était l’apanage des artistes, et notamment des écrivains. Mais, à l’heure de la surveillance de masse, des réseaux sociaux et des algorithmes invasifs, si nos vies sont suivies en temps réel, serons-nous encore capables de les écrire ? Née dans un contexte sécuritaire particulier où, de New York à Paris, sous prétexte de lutter efficacement contre le terrorisme, l’état d’urgence est devenu la norme, cette question nous concerne tous.

Parce que la pratique de l’écriture se heurte tout particulièrement à ces enjeux, et dans le prolongement d’un symposium organisé en novembre 2014 dans le cadre du Festival du Film de Lisbonne sur le thème « Créateurs et surveillance », Céline Curiol et Philippe Aigrain ont invité dix écrivains contemporains à donner corps à cette question.

D’Orwell à Amazon en passant par les drones espions, Noémi Lefebvre, Christian Garcin, Marie Cosnay, Céline Curiol, Claro, Carole Zalberg, Bertrand Leclair, Miracle Jones, Cécile Portier, Isabelle Garron, Catherine Dufour et Philippe Aigrain s’en remettent à la fiction et au langage pour nous ouvrir les yeux.

Mon avis :

Que se passerait-il si demain des caméras de surveillance étaient installées dans toutes les salles de classe? Est-ce que les élèves agiraient toujours de la même façon? Ou «être surveillé accroît-il notre sentiment de culpabilité?» Et «si nos vies sont suivies en temps réel, serons-nous encore libres de les écrire ?» Parce qu’à l’heure de la surveillance généralisée, «je te vois quand tu penses que tu es seul avec nous tous. (…) Je te vois quand tu m’entends.»

Douze écrivains pour imaginer ce que serait notre monde à l’heure de la dictature de la surveillance. Douze textes pour composer avec cette idée. Pour ceux qui n’ont rien à se reprocher. Pour ceux aussi qui auraient des choses à cacher. A l’heure où nous partageons volontairement quantité d’informations sur nos parcours, sur nos achats, sur nos loisirs, sur notre vie, quel impact si demain nous versions dans une société sous surveillance constante et contraignante. Si, sous couvert de nous protéger, nous acceptions d’être de potentiels suspects avant tout?

«Cette apparente indifférence du public vis-à-vis de la surveillance de masse vient peut-être du fait que cette surveillance-là se dévoile sous un costume qui nous est familier», nous dit Guillaume Vissac dans la préface. Elle s’est installée petit à petit. Sous prétexte de nous simplifier la vie. Mais au fond… A qui profite cette surveillance là? Et jusqu’où peut-on la laisser s’installer avant qu’il ne soit trop tard? Mais peut-être est-il déjà trop tard ? En tout cas, ces histoires là vous feront froid dans le dos. Et peut-être même réfléchir à deux fois avant de poster votre localisation au supermarché…

Extrait

Découvrir un extrait sur le site des éditions Publie.net.

Surveillances

Détails :

Auteur : Collectif
Éditeur : Publie.net
Date de parution : 11/05/2016

Portrait d’après blessure – Hélène Gestern

Portrait d’après blessure – Hélène Gestern

Portrait d'après blessure - Hélène GesternOn partage un événement par un cliché, une vidéo en direct, un post sur les réseaux. Mais quid des gens que l’on livre ainsi en pâture ? C’est ce que tente de démêler ce roman.

La quatrième de couv :

Il s’appelle Olivier, elle s’appelle Héloïse. Ils partent déjeuner, mais la rame de métro dans laquelle ils sont montés est gravement endommagée par une explosion. Restera de cet accident des corps meurtris, un sentiment brisé et une photo de leur évacuation, si violente et si impudique qu’elle va tout faire trembler autour d’eux. Ils n’auront qu’une obsession : réparer les dégâts que cette image aura causés dans leurs vies.
Portrait d’après blessure raconte l’histoire de deux êtres aux prises avec le pouvoir des photographies, qu’elles parlent la langue de la dignité ou celle du désastre.

Mon avis :

Alors qu’ils partaient pour un déjeuner, Heloïse et Olivier se retrouvent dans le métro alors qu’une bombe explose. Gravement blessée, les vêtements déchirés, Heloïse est secouru par un Oliver hagard. Il suffira d’un photographe présent sur les lieux au même moment pour que leur vie soit changée à jamais. Car cette photo d’un homme secourant une femme à moitié dénudée fera la Une de tous les journaux. Elle fera le tour de tous leurs amis, leur famille, leurs collègues de travail. Avec une légende laissant à penser qu’ils sont un couple.

Une fois sortie de l’hôpital, alors qu’elle récupère encore de ses nombreuses blessures, Heloïse va affronter les doutes de son mari, les sous-entendus des amis et les regards interrogateurs dans la rue. En pleine reconstruction, physiquement meurtrie, psychologiquement touchée, elle va devoir apprendre à gérer cette mise en lumière imposée et démultipliée par la force de diffusion d’Internet. Olivier de son côté va aussi totalement remettre en cause sa manière de voir la vie et d’envisager son métier, qui était justement de mettre des événements en avant par la photo.

L’image et la photo ont une importance de plus en plus marquante dans nos vies aujourd’hui. On partage un événement par un cliché, une vidéo en direct, un post sur les réseaux. Mais quid des gens que l’on livre ainsi en pâture ? Quel impact sur leur vie de tous les jours ? Comment ces personnes, déjà marquées par un événement, vont réagir face à leur image ainsi exposée ? C’est ce que tente de démêler ce roman. Un livre très fort, avec une écriture très fine pour nous amener à réfléchir à notre consommation d’images. Surtout celles qui ont tendance à circuler très rapidement sur les réseaux lors d’événements tragiques.

Extrait

Portrait d'après blessure - Hélène Gestern

Détails :

Auteur : Hélène Gestern
Éditeur : Arléa 
Date de parution : 2014

L’amour est très surestimé – Brigitte Giraud

L’amour est très surestimé – Brigitte Giraud

L'amour est très surestimé - Brigitte GiraudL’écriture est pleine de tendresse, de douceur et de fragilité. Une très belle observation de l’amour qui finit.

La quatrième de couv :

Onze destins, onze nouvelles racontent la fin de l’amour. Avec une justesse et une précision douloureuse Brigitte Giraud ausculte le désir moribond, les compromis honteux, les naufrages intimes et les silences des couples en train de se perdre. Elle traque les mensonges et le deuil, l’exil intérieur, la vie qui bascule et chacune de ses phrases, chacun de ses personnages nous tend un miroir.

Mon avis :

Tout est sur un fil, à la limite de ce moment où ça prend fin. Cet entre deux d’encore ensemble mais plus tout à fait. On ne met pas encore vraiment de mots dessus, la situation devient intolérable, alors même que le souffle de l’autre devient pénible, sa présence insupportable.

Il y a ce moment juste après. Où l’autre apprend le désamour. Et dans un dernier élan tente coûte que coûte de retenir celui qui a déjà fait le chemin vers ailleurs. Ou encore quand il va falloir séparer les biens, annoncer aux enfants, apprendre à faire le deuil. Et puis il y a aussi l’amour qui se finit lorsque l’autre meurt. Et quoi faire du coup de cet amour, de cette suite de vie?

Dans ces onze nouvelles, il n’y a pas de dialogue entre ceux qui se sont aimés avant. Pas de tentative d’explication. Juste les faits bruts: la peine, la colère, les larmes et les remous intérieurs. L’écriture est pleine de tendresse et de douceur, comme pour apaiser la peine d’après chagrin. Elle est pleine aussi de la fragilité de ces personnages qui, pour un moment, voient leur vie partir en éclat. Une très belle observation de l’amour qui finit.

Extrait

L'amour est très surestimé - Brigitte Giraud

Détails :

Auteur : Brigitte Giraud
Éditeur : J’ai lu 
Date de parution : 2008