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Les classiques connectés – Olivier Ertzscheid

Les classiques connectés – Olivier Ertzscheid

Beaucoup de questionnements dans cet ouvrage entre poésie et roman. De quoi réfléchir, tout en s’amusant!

La quatrième de couv :

Les classiques connectés – Olivier ErtzscheidEt si Baudelaire avait écrit un hymne aux algorithmes au lieu de son hymne à la beauté ? Et si Jean de La Fontaine avait connu Google, Facebook et Amazon, quelle fable aurait-il choisie pour raconter notre rapport à ces acteurs ? Et quelle morale en aurait-il tiré ? Et si Aragon avait été davantage fasciné par les « données » plutôt que par les Yeux d’Elsa ? Si, plutôt qu’un renard, c’est Google qui avait appris au Petit Prince le sens du mot apprivoiser ?

Anthologie critique réalisée en l’an 4097 pour nous aider à appréhender dès aujourd’hui l’évolution de notre rapport au monde… connecté.

Mon avis :

En 4097, Google et Facebook se sont associés pour créer la plus grande bibliothèque jamais réalisée. Textotal IV rassemble ainsi «la totalité des textes, écrits ou restant à écrire». Des ingénieurs littéraires sont missionnés pour donner un semblant de vie et de contexte aux futurs chefs d’œuvre, afin de mieux les vendre au public. L’un de ces ingénieurs découvre un jour dans la masse d’ouvrage un livre intitulé Les classiques connectés. A travers les différents textes qu’il va nous en livrer, l’ingénieur remonte les origines du web, explique le nouvel ordre mondial sans représentant humain, s’interroge sur les larges diffusions de chats ou de pandas plutôt que le relai de catastrophes ou encore sur notre incapacité à gérer le trop-plein d’informations.

Extraits de chansons célèbres, de classiques ou de poèmes, Olivier Ertzscheid a détourné de manière très intéressante les textes les plus célèbres de notre patrimoine. De Piaf à La Fontaine, en passant par Souchon, Baudelaire, Brassens ou encore Ferrat, chaque passage mêle le texte original à des passages modifiés (en italique). A travers cette nouvelle version, il aborde les problèmes de notre monde numérique et de ses possibles dérives: Que restera-t-il de la relative liberté en ligne lorsque tout sera publié dans des jardins fermés? Que deviendront nos données personnelles lorsque nous les aurons toutes confiées aux grands géants du web? Peut-on faire confiance au moteur qui veut nous apprivoiser ?

Il y a un peu tous ces questionnements dans cet ouvrage entre poésie et roman. De quoi réfléchir, tout en s’amusant! Car très vite, la nouvelle version prend le pas sur l’originale et on se surprend à chantonner avec ces nouvelles paroles. je vous laisse faire le test par vous-même avec l’extrait de La foule adapté ci-dessous et je vous conseille ensuite d’acquérir l’ouvrage pour découvrir le reste !

Extrait

Découvrir un extrait sur le site des éditions Publie.net.

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Détails :

Auteur : Olivier Ertzscheid
Éditeur : Publie.net
Date de parution : 09/09/2016

Amir et autres histoires – Rodrigo Fuentes

Amir et autres histoires – Rodrigo Fuentes

Amir et autres histoires – Rodrigo FuentesAujourd’hui nous partons explorer le Guatemala. Et c’est à un voyage à travers cinq contes que nous convie l’auteur.

La quatrième de couv :

Avec cette édition bilingue d’Amir et autres histoires, on retrouve l’écriture élégante et précise de l’écrivain guatémaltèque Rodrigo Fuentes, déjà publié par L’atinoir dans l’anthologie L’Amérique centrale raconte 2015 / Centro América cuenta 2015. Dans ce recueil de contes, il plonge le lecteur dans la vie d’un Guatemala rural et actuel, où le courage et la force de conviction d’un peuple soumis par la violence s’opposent à une classe omnipotente et amorale.

Mon avis :

Aujourd’hui nous partons explorer le Guatemala. Un pays que je découvre pour la première fois en littérature. Et c’est à un voyage à travers cinq contes que nous convie l’auteur.

Le premier nous emmènera à la découverte de Perla, cette vache rejetée par sa mère et devenue la coqueluche de l’exploitation. Mais cette histoire est surtout l’occasion de nous dépeindre la dure vie des travailleurs des champs, le travail qui se raréfie, les rachats qui mettent les employés au chômage, les violences…
Le deuxième nous présente Amir. Homme mystérieux, jovial au premier abord, il a été obligé de reprendre en main l’exploitation de son père après la mort de celui-ci. C’est là que les ennuis commencent pour cet homme qui va perdre de plus en plus d’argent et va se retrouver face à ses créanciers.
Le troisième est l’histoire d’une île que ses habitants veulent défendre à tout prix, quitte à faire couler le sang.
Le quatrième vous propose de découvrir les charmes des jeunes femmes dans une bourgade perdue. Mais attention, les habitants de ce petit village ne sont pas forcément commodes.
Le dernier donnera lieu à un étrange diner entre un père divorcé et ses deux fils. Avec une surprise finale pour le moins étonnante…

Dans chacune de ces histoires, c’est la terre qui prédomine. Celle qui l’on cultive, celle que l’on défend. C’est un monde rude, malgré une apparente douceur dans le récit. C’est une violence latente qui règne. Que ce soit pour résister aux changements ou pour défendre son gagne-pain ou son espace, c’est une violence de justicier qu’on va rencontrer. Ici point de règle si ce n’est celle des armes ou des poings.

Ce recueil permet une première découverte intéressante du Guatemala. Pour ceux qui parlent espagnol, sachez en plus que cette édition est bilingue.

Merci aux éditions L’atinoir pour cette découverte !

Détails :

Auteur : Rodrigo Fuentes
Éditeur : L’atinoir
Date de parution : 02/2016

Habeas Corpus – Victor Boissel

Habeas Corpus – Victor Boissel

Habeas Corpus - Victor BoisselJe n’ai pas pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce livre, alors qu’il y avait le potentiel pour en faire quelque chose d’intéressant. Dommage.

La quatrième de couv :

La jeunesse et la beauté, deux richesses qui d’ordinaire ne font que se dissoudre dans le temps. Mais dans le monde où vit Edgaar Finker, la jeunesse et la beauté forment la monnaie avec laquelle on rémunère ceux qui accomplissent de grandes choses.

Un monde idéal, à bien des égards, un monde sans pauvreté, ni crime, ni police, un monde où le bonheur du plus grand nombre est la préoccupation de chaque instant. Or un jour une main meurtrière frappe et une victime tombe. L’impensable est commis. Un meurtre. Il n’existe ni méthode ni institution pour l’élucider.

Edgaar Finker, le fonctionnaire qui a découvert le corps, se voit chargé de l’enquête. Il s’engouffre alors dans un dédale d’aventures qui lui révèleront les entrailles de ce monde à la plastique irréprochable.

Mon avis :

Parfois un livre attire par un bon pitch et une approche intéressante d’une problématique. C’est ce qui m’a séduit au premier abord dans cette dystopie: la beauté et la jeunesse comme approche centrale d’une société, une population maintenue dans l’ignorance des rouages de la société dans laquelle elle vit, un monde sans violence, du moins en apparence… Dans cette société là, il est possible de se racheter un nouveau corps, de quitter mari et enfants pour poursuivre une nouvelle vie sous une nouvelle apparence. Dans cette société là, on ne travaille pas, on joue du matin au soir, jusqu’à s’abrutir et endormir toutes sensations. Alors oui, le pitch était attirant. Mais…

Parce qu’il y a un mais. Le fond de l’histoire est gâché par un style beaucoup trop lourd. Trop d’adjectifs, trop d’adverbes ou de tournures de phrases répétitives venant souvent enfoncer un clou qui aurait pu se maintenir tout seul. Trop souvent aussi l’impression que l’auteur se regarde écrire avec satisfaction, alors qu’un texte plus resserré aurait eu nettement plus d’impact. Ici on se perd, on erre dans les méandres des pensées et des aventures des uns et des autres, sans nécessairement faire le lien avec le tout.

Et puis il y a ces petites choses qui font grincer des dents, parce qu’inadapté à mon sens. Des mots utilisés de manière inappropriée (L’auteur nous parle à un moment d’un personnage qui «transhumait lentement dans toute la longueur de son bureau» ou qu’on «pouvait voir la civilisation l’abandonner de l’intérieur» en parlant de l’un de ses personnages), des bouts tout droit sortis d’un mauvais Harlequin (pardon pour ceux qui aiment les Harlequin) («Camélia se voulait tranchante, elle voulait que ses mots et ses regards découpassent Basile en tranches fines, elle voulait que ses larmes attisassent le feu de ses plaies, elle voulait voir Basile se décomposer dans le bain infect de son ignominie.») et surtout, surtout, l’utilisation de cet imparfait du subjonctif à tout bout de champ. La plupart du temps de manière inappropriée selon moi. Et qui vient encore alourdir un texte déjà bien chargé.

En bref, je n’ai pas pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce livre. Perturbée par les points ci-dessus et une histoire qui finalement se tire en longueur, alors qu’il y avait le potentiel pour en faire quelque chose d’intéressant. Dommage.

Extraits

Lire des extraits sur le site dédié.

Détails :

Auteur : Victor Boissel
Éditeur : /
Date de parution : 2015

Nos corps seront témoins – Camille Cornu

Nos corps seront témoins – Camille Cornu

Nos corps seront témoins – Camille CornuTout est en affrontement dans ce court texte.

La quatrième de couv :

À l’abri de la rue il y a des chambres le chaos du monde en sourdine normalement en privé les gens peuvent dire les choses. Comment parler de ça serait l’angle d’attaque, sans rien en arrondir enfin sauf mes fins de mois. Car ce qu’il y a de pire dans la prostitution c’est bien connu, c’est de devoir se taire, la censure hypocrite. C’est Hanaa qui a commencé, avec elle ce furent quelques mouvements de corps, des gestes et des mots. Suivre Hanaa dans la nuit et l’obscur de la vie, puis ici dans mon lit, la plus belle fille de Paris dans le sommeil la peau nue contre moi.

Mon avis :

Elle a commencé parce qu’elle lui a dit «toi aussi tu pourrais. C’est maintenant ou jamais, rentabiliser ta jeunesse, ta beauté, aussi ton inconscience ou l’absurdité du monde et le désespoir des hommes, vraiment c’est sans danger». Et d’imaginer tout de suite qu’elle pourrait se «spécialiser dans le S.M., si simple, les hommes ne me toucheraient pas et en plus j’aurais le droit de les frapper, ça ne se refuse pas c’est vrai». Elle décide alors de suivre Hanaa, son amante, dans ce jeu de corps.

Dans cette «parenthèse dans l’espace-temps», avant de retourner un jour vers sa vie normale, elle va découvrir l’ascendant fort qu’exerce son amante sur elle, l’ascendant factice aussi qu’elle décide de prendre sur les hommes qui paieront pour l’avoir quelques heures dans leur lit. Il y a d’un côté le plaisir et les moments de quiétude relatifs dans les bras de Hanaa et de l’autre les scènes où tout est joué, tout est vécu comme en dehors de son propre corps, toujours en réflexion sur ce qui se joue au niveau de l’intime et de la vie. Et ce problème aussi de voir ses amies, celles de la « vraie » vie, avec qui «on ne peut pas parler de ça, le langage s’est scindé, la vie s’est diffractée et le corps traversé de ces hurlements sourds».

Tout est en affrontement dans ce court texte: le corps, la parole, les hommes contre les femmes et même les femmes entre elles. Tout jusque dans le texte lui-même, mêlant le langage de la prostitution et les grands philosophes. Tout jusque dans la construction du récit, qui introduit des notes de bas de page qui viennent sans cesse dynamiter la lecture et les certitudes…

Extraits

Avec Hanaa non plus on n’en a pas parlé. J’aurais bien aimé m’extasier, dire c’est fou quand même ce que j’ai fait, en plus c’est interdit, la loi la morale et tout ça. Mais il n’y avait rien à dire et elle le savait, jamais intéressants tous ces jobs étudiants. La seule chose qu’il y avait à dire aurait été à mon amie et à tous les autres, tous ces asservis de la vie, de la morale, ceux qui ne savent pas, ceux qui répondraient que ça ne se fait pas, parce que c’est comme ça, que c’est dangereux puisque c’est invisible, que ça échappe donc au contrôle et aux impôts. Mais peut-être leur dire, en fait tout le monde fait ça, c’est une règle générale, et alors les mettre face à ça, ce que la prostitution cristallise, ça existe partout sous une forme hypocrite. Alors la seule façon d’en tirer parti serait de refuser l’hypocrisie. Plonger dans le système à plein corps et s’en prendre vraiment la violence dans la gueule serait le désamorcer. Et finalement pas de violence, aucun éclat, tout est normal, tout est avoué, tout est dit, je vais bien, les hommes, l’argent, oui j’ai enfin trouvé la solution, la seule.

Détails :

Auteur : Camille Cornu
Éditeur : E-fractions
Date de parution : 09/09/2015

Les longs silences – Cécile Portier

Les longs silences – Cécile Portier

Les longs silences – Cécile PortierC’est un mélange subtil et délicat de considérations sur les autres, sur soi, sur le travail qui fait mal, sur la vie qui parfois blesse.

La quatrième de couv :

En février 2014, à la suite d’un burn out, Cécile Portier entre pour trois semaines en clinique psychiatrique. Pendant ce temps de soins, elle éprouve le besoin de noter les sensations qui la traversent, d’écrire ce lieu et ceux qu’elle y rencontre. (…) Cécile Portier enregistre au plus ras de ce qui se passe, du temps qui ne passe pas. Et toujours, ce refus de se laisser enfermer, jusque dans ce qu’on attend d’elle.

Mon avis :

Quelle que soit la raison pour laquelle on entre dans une clinique psychiatrique, c’est une expérience qui laisse des traces. Alors, comme pour prendre du recul par rapport à la situation, Cécile Portier consigne ce qui se passe dans ce grand salon où «tout commence, tout finit, tout continue». Elle livre les heures vides, le sommeil qui parfois fait défaut, les ateliers ou les longs silences plein de bienveillance.

De «celle qui arrive en début d’après-midi, le salon est presque vide, elle en fait le tour, n’arrive pas à choisir quel fauteuil occuper parmi tous ceux vacants, repart» à «celle qui serait prête à croire qu’elle est dans un zoo sans spectateur» ou encore «celle, infirmière, qui s’étonne presque parce que c’est moi qui lui demande comment ça va», elle dresse un portrait de celles et ceux qui se retrouvent là pour un temps ou pour longtemps. Des êtres perdus ou brisés, en attente d’autre chose ou d’un temps qui passe, tout simplement. Mais c’est aussi une réflexion sur cette défaillance qui l’a menée là: «L’interne de soi-même, son propre intérieur, se met parfois à mentir. (…) On dort, on dort beaucoup, pour que dans un premier temps l’intérieur se taise.» Et ce monde du travail qui revient vite au détour d’un atelier ou d’une pensée pour se demander qui y a encore sa place finalement ?

«Je pense au jeu social du dehors. Nous devons obéir aux règles, et ce qu’on nous demande est de plus en plus difficile. Nous sommes mesurés, évalués, nous ne sommes jamais assez performants. Nous devons obéir à des ordres qui se font passer pour l’ordre des choses. Nous échouons. C’était prévu.»

Ce n’est pas un récit du soi. Ce n’est pas non plus un texte à charge contre les cliniques psychiatriques. C’est un mélange subtil et délicat de considérations sur les autres, ses propres failles, sur le travail qui fait mal, sur la vie qui parfois blesse. C’est tout en retenue et pudeur au début, avant de gagner en force et en confiance. Avec cette idée que «nous qui sommes défaillants, nous avons quelque chose à donner».

Extrait

Découvrir un extrait sur le site des éditions Publie.net.

Tous les visages ici sont des visages qu’on pourrait croiser dans le métro, et c’est important d’y penser.

Détails :

Auteur : Cécile Portier
Éditeur : Publie.net
Date de parution : 04/11/2015