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L’amour est très surestimé – Brigitte Giraud

L’amour est très surestimé – Brigitte Giraud

L'amour est très surestimé - Brigitte GiraudL’écriture est pleine de tendresse, de douceur et de fragilité. Une très belle observation de l’amour qui finit.

La quatrième de couv :

Onze destins, onze nouvelles racontent la fin de l’amour. Avec une justesse et une précision douloureuse Brigitte Giraud ausculte le désir moribond, les compromis honteux, les naufrages intimes et les silences des couples en train de se perdre. Elle traque les mensonges et le deuil, l’exil intérieur, la vie qui bascule et chacune de ses phrases, chacun de ses personnages nous tend un miroir.

Mon avis :

Tout est sur un fil, à la limite de ce moment où ça prend fin. Cet entre deux d’encore ensemble mais plus tout à fait. On ne met pas encore vraiment de mots dessus, la situation devient intolérable, alors même que le souffle de l’autre devient pénible, sa présence insupportable.

Il y a ce moment juste après. Où l’autre apprend le désamour. Et dans un dernier élan tente coûte que coûte de retenir celui qui a déjà fait le chemin vers ailleurs. Ou encore quand il va falloir séparer les biens, annoncer aux enfants, apprendre à faire le deuil. Et puis il y a aussi l’amour qui se finit lorsque l’autre meurt. Et quoi faire du coup de cet amour, de cette suite de vie?

Dans ces onze nouvelles, il n’y a pas de dialogue entre ceux qui se sont aimés avant. Pas de tentative d’explication. Juste les faits bruts: la peine, la colère, les larmes et les remous intérieurs. L’écriture est pleine de tendresse et de douceur, comme pour apaiser la peine d’après chagrin. Elle est pleine aussi de la fragilité de ces personnages qui, pour un moment, voient leur vie partir en éclat. Une très belle observation de l’amour qui finit.

Extrait

L'amour est très surestimé - Brigitte Giraud

Détails :

Auteur : Brigitte Giraud
Éditeur : J’ai lu 
Date de parution : 2008

Nos corps seront témoins – Camille Cornu

Nos corps seront témoins – Camille Cornu

Nos corps seront témoins – Camille CornuTout est en affrontement dans ce court texte.

La quatrième de couv :

À l’abri de la rue il y a des chambres le chaos du monde en sourdine normalement en privé les gens peuvent dire les choses. Comment parler de ça serait l’angle d’attaque, sans rien en arrondir enfin sauf mes fins de mois. Car ce qu’il y a de pire dans la prostitution c’est bien connu, c’est de devoir se taire, la censure hypocrite. C’est Hanaa qui a commencé, avec elle ce furent quelques mouvements de corps, des gestes et des mots. Suivre Hanaa dans la nuit et l’obscur de la vie, puis ici dans mon lit, la plus belle fille de Paris dans le sommeil la peau nue contre moi.

Mon avis :

Elle a commencé parce qu’elle lui a dit «toi aussi tu pourrais. C’est maintenant ou jamais, rentabiliser ta jeunesse, ta beauté, aussi ton inconscience ou l’absurdité du monde et le désespoir des hommes, vraiment c’est sans danger». Et d’imaginer tout de suite qu’elle pourrait se «spécialiser dans le S.M., si simple, les hommes ne me toucheraient pas et en plus j’aurais le droit de les frapper, ça ne se refuse pas c’est vrai». Elle décide alors de suivre Hanaa, son amante, dans ce jeu de corps.

Dans cette «parenthèse dans l’espace-temps», avant de retourner un jour vers sa vie normale, elle va découvrir l’ascendant fort qu’exerce son amante sur elle, l’ascendant factice aussi qu’elle décide de prendre sur les hommes qui paieront pour l’avoir quelques heures dans leur lit. Il y a d’un côté le plaisir et les moments de quiétude relatifs dans les bras de Hanaa et de l’autre les scènes où tout est joué, tout est vécu comme en dehors de son propre corps, toujours en réflexion sur ce qui se joue au niveau de l’intime et de la vie. Et ce problème aussi de voir ses amies, celles de la « vraie » vie, avec qui «on ne peut pas parler de ça, le langage s’est scindé, la vie s’est diffractée et le corps traversé de ces hurlements sourds».

Tout est en affrontement dans ce court texte: le corps, la parole, les hommes contre les femmes et même les femmes entre elles. Tout jusque dans le texte lui-même, mêlant le langage de la prostitution et les grands philosophes. Tout jusque dans la construction du récit, qui introduit des notes de bas de page qui viennent sans cesse dynamiter la lecture et les certitudes…

Extraits

Avec Hanaa non plus on n’en a pas parlé. J’aurais bien aimé m’extasier, dire c’est fou quand même ce que j’ai fait, en plus c’est interdit, la loi la morale et tout ça. Mais il n’y avait rien à dire et elle le savait, jamais intéressants tous ces jobs étudiants. La seule chose qu’il y avait à dire aurait été à mon amie et à tous les autres, tous ces asservis de la vie, de la morale, ceux qui ne savent pas, ceux qui répondraient que ça ne se fait pas, parce que c’est comme ça, que c’est dangereux puisque c’est invisible, que ça échappe donc au contrôle et aux impôts. Mais peut-être leur dire, en fait tout le monde fait ça, c’est une règle générale, et alors les mettre face à ça, ce que la prostitution cristallise, ça existe partout sous une forme hypocrite. Alors la seule façon d’en tirer parti serait de refuser l’hypocrisie. Plonger dans le système à plein corps et s’en prendre vraiment la violence dans la gueule serait le désamorcer. Et finalement pas de violence, aucun éclat, tout est normal, tout est avoué, tout est dit, je vais bien, les hommes, l’argent, oui j’ai enfin trouvé la solution, la seule.

Détails :

Auteur : Camille Cornu
Éditeur : E-fractions
Date de parution : 09/09/2015

L’économie, pour quoi faire ? – Robert Benchley

L’économie, pour quoi faire ? – Robert Benchley

conomie, pour quoi faire ? - Robert BenchleyIl suffit de lire ces quelques pages pour nous sortir du marasme économique actuel. Ou tout du moins… pour passer un bon moment de lecture. Et c’est déjà pas si mal !

La quatrième de couv :

Véritable manuel anticrise (de morosité), L’économie, pour quoi faire ? propose douze leçons d’économie aussi loufoques que mordantes du professeur Benchley, docteur ès nonsense, témoin du krach de 1929 aux États-Unis et de ses conséquences en Europe.

Dans ce livre, Robert Benchley se penche donc sur la situation financière internationale, conseille le président Poincaré pour stabiliser le franc et tente d’inculquer le sens de l’humour aux banquiers. S’interrogeant sur l’avenir de certains petits métiers – par exemple fabricant de bateaux en bouteille ou polisseur de canon –, il analyse aussi certains marchés en pleine mutation, comme celui de la brunette parisienne ou du chameau en Australie. Questionnant la notion de réussite, il nous invite enfin à méditer sur cette formule pleine de sagesse : « Le travail est une forme de nervosité. »

Composé en quasi-totalité de textes inédits, ce recueil comprend le fameux « Rapport du trésorier », hilarant sketch « comptable » qui rendit son auteur célèbre aux États-Unis et lui ouvrit les portes de Hollywood. Animé d’une réjouissante détestation de l’économie, Benchley signe ici certains de ses textes les plus virulents.

Mon avis :

Lire Benchley, c’est un peu comme prendre un bon bol d’air frais. Ça change les idées, ça détend et, en même temps, c’est plein de bon sens ! Bien sûr, tout est à prendre au second degré, mais c’est justement ce qui fait tout le sel de ces petits textes. Sans compter que vous pourriez bien enfin comprendre pourquoi nos gouvernements n’arrivent pas à sortir des différentes crises financières. Parce que ces histoires ont beau parler de la crise de 1929, les conseils restent toujours actuels !

Mais tout d’abord, un peu de compréhension pour nos banques. Comme le dit Benchley, « j’ai fait preuve d’une tolérance exemplaire envers les petit ennuis que traversent les banques depuis mars dernier, et j’ai dit à bon nombre de gens : ‘Non, les banques sont OK ! Juste un peu irresponsable, c’est tout. Laissons les tranquilles, ne les grondons pas, et tout rentrera dans l’ordre.’ Et tout est bien rentré dans l’ordre, je n’en doute pas. » Voyons ensuite les causes de cette crise : « cette politique à courte vue consistant à accroître la production et, dans le même temps, à croître l’inflation (ou ‘maladie de Platt’) a mené à une crise de la distribution (ou déflation), qui a naturellement abouti à la spéculation sur les ‘courts’ (il s’agit des homards mesurant moins de quinze centimètres (…)) » Je crois que déjà, on y voit un peu plus clair sur le pourquoi de notre crise financière. Il ne reste donc qu’à en trouver la solution. Et là encore, Benchley a la solution ! « Notre première mesure afin de remettre notre foyer sur la voie royale a été d’établir un budget, et c’est ce que vous devriez faire aussi, chers amis français. Il est d’ailleurs beaucoup plus facile pour une nation de fonctionner avec un budget que pour une famille privée, parce qu’une nation ne se sert jamais d’argent réel de toute façon. »

Sur ce, je pense que tout est dit. Nul besoin de consulter d’autres spécialistes économiques pour savoir qu’il ne reste donc plus qu’à lire ces quelques pages pour nous sortir du marasme économique actuel. Ou tout du moins… pour passer un bon moment de lecture. Et c’est déjà pas si mal !

Extrait

Découvrir un extrait sur le site des éditions Wombat.

Détails :

Auteur : Robert Benchley
Éditeur : Nouvelles Editions Wombat
Date de parution : 20/10/2015

Bien ordinaire ? – Serval Frayer

Bien ordinaire ? – Serval Frayer

Bien ordinaire ? - Serval FrayerCinq petites nouvelles pour raconter des tranches de vie, des personnages attachants et qu’on a envie de consoler.

La quatrième de couv :

Marie peut vous sembler avoir une vie bien ordinaire mais cela n’est pas le cas. Miss Papillon vous prend par la main et vous ne voudrez plus la lâcher. La sensible Lucie doit faire face à un moment qui marque un tournant dans son chemin de vie. Verveine vous touchera au coeur et vous verrez un garçon pleurer.
Des histoires ordinaires qui ne le sont pas tant que cela. Autant de tranches de vies de personnages que vous auriez-pu croiser sans savoir combien ils sont exceptionnels. Peut-être cela parle-t-il de vous ?

La nouvelle « Bien ordinaire » a reçu le prix « Coup de coeur du jury » du concours « Une femme exceptionnelle » organisé par Librinova et le blog Tout à l’égo en 2014. Elle est publié ici dans une version révisée par l’auteur.

Mon avis :

Il y a des livres qu’on commence dans un train, sans faire attention. On lit une première tranche de vie, sur cette jeune femme qui travaille à la chaîne dans une usine pour emballer le saumon. Jusque là, tout va bien. Une vie pas facile, bien sûr, entre horaires décalés et travail peu gratifiant. Et puis on enchaîne sur une miss Papillon, toujours l’air de rien, dans le train. Mais là, ça se corse. Parce qu’au fur et à mesure de la lecture, une boule se forme dans la gorge et, sans crier gare, c’est les larmes qui montent aussi. Et ça, dans un train, ça fait toujours un peu désordre…

C’est cinq textes que vous trouverez ici. Cinq témoignages de vies plus ou moins ordinaires: une enfant retirée de sa famille pour mauvais traitement, deux ados qui gèrent la maison après la démission des parents, une ado qui doit quitter sa maison familiale… Des vies difficiles, mais avec des personnages plein de ressort face à l’adversité et qui forcent le respect. Des histoires qui semblent inspirées du travail précédent de l’auteur et donc touchent d’autant plus.

Cinq petites nouvelles pour raconter des tranches de vie, des personnages attachants et qu’on a envie de consoler. Vous êtes prévenus, ne commencez pas ce livre dans un train…

Merci aux éditions Caillon Dorriotz pour ce texte.

Extraits:

Voir les premières lignes sur le site de l’éditeur.

Détails :

Auteur : Serval Frayer
Éditeur : Caillon Dorriotz
Date de parution : 05/10/2015

Bleu de travail – Thomas Vinau

Bleu de travail – Thomas Vinau

Bleu de travail – Thomas VinauC’est un beau voyage que nous offre Thomas Vinau. Et même si tout n’est pas toujours rose dans ces textes, il en ressort beaucoup de douceur.

La quatrième de couv :

Chronique des manches retroussées du ciel et des matins qui passent. Textes de rien, de faim et de soif. Il y a chaque jour des gris à habiter et des couleurs à faire pousser. Il faut chaque jour plonger ses mains dans le cambouis, se coltiner au peu, au rien, aux petites beautées ratées. Ce sont des choses insignifiantes qui nous sauvent ou qui nous achèvent, qui nous écrasent ou nous tiennent debout. Le bruit qu’on fait quand on trébuche sort de nos bouches, c’est comme ça qu’on apprend à marcher, avec des mots. Avec nos mains. Comme le manoeuvre ou l’ouvrier. Tous les soirs le jour tombe, tous les matins il se relève, enfile son bleu de travail, part au trimard. À chaque jour suffit sa peine mais la peine ne suffit pas au jour.

Mon avis :

J’ai une tendresse particulière pour les textes de Thomas Vinau. Depuis La part des nuages et Ici ça va, je découvre des textes qui parlent du quotidien, mais avec beaucoup de douceur souvent. Et avec l’impression de voir la bienveillance d’un père pour les premiers pas de son enfant…

Dans ces petite chroniques « des manches retroussées du ciel et des matins qui passent», c’est à nouveau beaucoup de poésie qui se dégage page après page. Parce que « ce sont des choses insignifiantes qui nous sauvent ou qui nous achèvent», Thomas Vinau part à la découverte de ces petits riens, des Bisous froids à Se salir (« (…) Il faudrait se salir. Tous ensemble. Sans projet. Comme avant.»), en passant par Sous les draps et Des mots de tous les jours (« Il y a l’usure des mots. Des mots de tous les jours. Des mots de petit jour. Des mots dont on se sert, jusqu’à la corde. Jusqu’à la patine du sens. (…)»)

Comme d’habitude, c’est un beau voyage que nous offre Thomas Vinau. Et même si tout n’est pas toujours rose dans ces textes, il en ressort beaucoup de douceur.

Je vous laisse pour terminer Comme tout le monde, parce que c’est ma chronique préférée…

Comme tout le monde - Thomas Vinau

Détails :

Auteur : Thomas Vinau
Éditeur : La fosse aux ours
Date de parution : 20/08/2015