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Étiquette : Rentrée littéraire 2012

Le Meilleur des jours – Yassaman Montazami

Le Meilleur des jours – Yassaman Montazami

Le Meilleur des jours - Yassaman MontazamiC’est un beau portrait que ce livre là. C’est drôle, émouvant, plein d’anecdotes croustillantes et de portraits hauts en couleur. 

Mais d’où t’es venue l’idée de lire ce livre ?

Conseillé par ma libraire.

La quatrième de couv :

« Karl Marx et mon père avaient un point commun : ils ne travaillèrent jamais pour gagner leur vie. « Les vrais révolutionnaires ne travaillent pas », affirmait mon père. Cet état de fait lui paraissait logique : on ne pouvait œuvrer à l’abolition du salariat et être salarié – c’était incompatible. » Y. M.

Après la mort de son père, Yassaman Montazami se réfugie dans l’écriture pour tenter de garder vive la mémoire de ce personnage hors norme. La drôlerie et la cocasserie des souvenirs atténuent peu à peu l’immense chagrin causé par sa perte.
Né avant terme, condamné puis miraculé, l’enfant adulé par sa mère, qui jamais ne lui refusa rien, fut nommé Behrouz – en persan : « le meilleur des jours » –, un prénom prédestiné pour un futur idéaliste épris de justice et un pitre incapable de prendre la vie au sérieux.
Envoyé en France pour y poursuivre des études qu’il n’achèvera jamais, il participe à sa manière aux événements révolutionnaires de 1979, au cours desquels l’Iran bascule de la monarchie à la République islamique, en faisant de son appartement parisien un refuge pour les Iraniens en exil. Leurs chassés-croisés entre Paris et Téhéran donnent à l’auteur l’occasion de brosser une multitude de personnages improbables et issus des milieux les plus divers : une épouse de colonel en fuite, fanatique d’Autant en emporte le vent, un poète libertin, mystique et interdit de publication, un révolutionnaire maoïste enfermé à la prison d’Evin, et même un ancien chef d’entreprise devenu opiomane.
Évocation d’un monde aujourd’hui disparu, ce premier roman frappe par sa maîtrise et par l’acuité de son trait.

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L’amour sans le faire – Serge Joncour

L’amour sans le faire – Serge Joncour

C’est banal comme histoire : la filiation, l’amour, les incompréhensions, la fuite… Mais de cette simplicité qui sonne juste et qui touche… jusqu’au frisson !

Mais d’où t’es venue l’idée de lire ce livre ?

Recommandé par ma libraire lors de la rentrée littéraire. Une nouvelle occasion de découvrir Serge Joncour.

La quatrième de couv :

Après dix ans de silence, Franck téléphone un soir à ses parents. Curieusement, c’est un petit garçon qui décroche. Plus curieusement encore, il s’appelle Alexandre, comme son frère disparu des années auparavant. Frank décide alors de revenir dans la ferme familiale. Louise, elle, a prévu d’y passer quelques jours avec son fils. Frank et Louise, sans se confier, semblent se comprendre.
« On ne refait pas sa vie, c’est juste l’ancienne sur laquelle on insiste », pense Franck en arrivant. Mais dans le silence de cet été ensoleillé et chaud, autour d’un enfant de cinq ans, « insister » finit par ressembler à la vie réinventée.

L’Amour sans le faire, c’est une histoire de la tendresse en même temps qu’un hymne à la nature, une nature sauvage, imprévisible, qui invite à changer – et pourquoi pas à renaître.

Mon avis :

Il y a des livres où dès les premières phrases on est touché. Ça tient à  pas grand-chose parfois. Après tout, il ne s’agit là que d’un sujet, verbe, complément. Mais quand dès les premières phrases on sent de la pudeur, de la solitude, ce petit quelque chose en plus qui donne un frisson, on sait que c’est une très bonne lecture qui s’annonce.

Et de la pudeur il y en a beaucoup dans cette histoire, avec d’un côté Franck qui n’est pas retourné voir ses parents à la campagne depuis plus de dix ans. « A la ferme ce n’était pas dans les habitudes de se parler, certainement pas pour se livrer. Ce que chacun pensait de l’autre il le gardait, c’était à lui, c’était son trésor. Ne pas arriver à se dire les choses c’est peut-être la forme la plus édulcorée de la sincérité, ne pas arriver à se parler c’est une façon de retenir les mots à soi, de les penser à un point tel qu’on n’arrive même plus à s’en détacher, de la sincérité à l’état brut. » Lui, le citadin qui observe la vie à travers sa caméra, a délaissé ses racines, ne trouvant pas sa place dans ce milieu rude et exigeant, un milieu où son jeune frère Alexandre était à son aise. Mais ça fait dix ans qu’il est mort maintenant. Alors pourquoi revenir ? De l’autre côté, il y a Louise. Elle semble timide, effacée même au premier abord, mais c’est une femme déterminée. La campagne elle connait, elle y a vécu avec le frère de Franck. Mais elle a fui les souvenirs, l’omniprésence de ces regards qui disaient la peine, la pitié.

Alternant les histoires de l’un et de l’autre, on remonte les récits, on tisse les fils entre les deux protagonistes, on découvre les fantômes qui peuplent leur vie, les incompréhensions qui ont mené à ces années de silence. On décèle également la force de cette nature qui rythme la vie de tous ceux qui vivent de la terre. Et qui impose un temps présent bien différent de celui des villes.

C’est banal au fond comme histoire : la filiation, l’amour, les incompréhensions, la fuite… C’est simple au final. Mais de cette simplicité qui sonne juste et qui touche… jusqu’au frisson !

Extrait

Un extrait a été publié dans l’extrait du mardi.

Un extrait est disponible sur le site des éditions Flammarion.

Détails :

Auteur : Serge Joncour
Éditeur : Flammarion
Date de parution : 22/08/2012
320 pages

L’embellie – Audur Ava Olafsdottir

L’embellie – Audur Ava Olafsdottir

Il y des livres où l’on reste toujours à la surface d’un récit pourtant prometteur au départ. On en ressort forcément déçue.

Mais d’où t’es venue l’idée de lire ce livre ?

J’avais adoré Rosa Candida l’année dernière. Dès août, ma libraire a commencé à me vanter le nouveau Olafsdottir. Et Anne en a rajouté une couche lors de son Et toi, tu lis quoi.

La quatrième de couv :

C’est la belle histoire d’une femme libre et d’un enfant prêté, le temps d’une équipée hivernale autour de l’Islande.

En ce ténébreux mois de novembre, la narratrice voit son mari la quitter sans préavis et sa meilleure amie lui confier son fils de quatre ans. Qu’à cela ne tienne, elle partira pour un tour de son île noire, seule avec Tumi, étrange petit bonhomme, presque sourd, avec de grosses loupes en guise de lunettes.

Avec un humour fantasque et une drôlerie décapante, l’Embellie ne cesse de nous enchanter par cette relation cocasse, de plus en plus attentive, émouvante entre la voyageuse et son minuscule passager. Ainsi que par sa façon incroyablement libre et allègre de prendre les fugaces, burlesques et parfois dramatiques péripéties de la vie, et de la vie amoureuse, sur fond de blessure originelle. Et l’on se glisse dans L’Embellie avec le même bonheur immense que dans Rosa Candida, en une sorte d’exultation complice qui ne nous quitte plus.

Mon avis :

Il y a des histoires, des textes, on sent qu’ils devraient nous toucher. Comme celle de cette femme d’à peine 33 ans. Elle parle au moins 10 langues, est correctrice et traductrice. Son mari vient de la quitter pour faire un bébé avec une autre. Son amant vient aussi de lui signifier la fin de leur histoire car elle n’aura jamais su s’engager avec lui. Le problème de cette femme, c’est qu’elle sait jouer avec les mots des autres pour les traduire, les décortiquer, les réassembler. Mais elle est bien incapable de dire ses mots à elle, ses envies.

Un peu sur un coup de tête, un peu par défi, elle décide de partir faire le tour de son île, cap vers la région de son enfance. Et celle qui ne s’imaginait jamais mère va avoir pour compagnon le petit de sa meilleure amie hospitalisée. Presque sourd, ils vont devoir apprendre à communiquer autrement que par la parole. Ils vont s’apprivoiser tout doucement, le long de cette Nationale 1, affrontant les conditions climatiques de cette île qui joue un grand rôle dans le récit.

Il y a des histoires, des textes, on sent qu’ils devraient nous toucher. Cette femme qui se remet en question, qui part à la recherche de réponses, qui tente de s’inventer sa manière de vivre. J’ai touché du doigt un instant ce moment où on entre enfin des deux pieds dans le récit. Mais c’était quasi la fin de l’histoire déjà. Pour le reste, je suis finalement restée une observatrice lointaine, un peu déçue d’une retenue peut-être trop importante dans le texte.

Extrait

Lire un extrait sur le site de la maison d’édition.

Détails :

Auteur : Audur Ava Olafsdottir
Éditeur : Zulma
Date de parution : 23/08/2012
400 pages

L’extrait du mardi #93

L’extrait du mardi #93

Elle est sûre d’une chose, plus jamais elle ne pourra faire l’amour avec un homme pour lequel elle aurait des sentiments, elle ne supporterait plus cette manière d’affoler l’affection, ce risque fou auquel ça expose d’aimer.

Elle craindrait même de se rapprocher d’un homme qu’elle n’aimerait pas, mais qui serait là, ce serait terrible de s’habituer à sa présence, le manque que ça ferait naître si là encore, pour une raison ou pour une autre, il devait disparaître ou s’éloigner. Aimer, ce serait de nouveau s’exposer à la peur, la peur d’être dépossédée une seconde fois. Cet homme qu’elle aimait avant, il lui servait de repère et de raison d’être. Dans l’amour il y a bien plus que la personne qu’on aime, il y a cette part de soi-même qu’elle nous renvoie, cette haute idée que l’autre se fait de nous et qui nous porte. D’autant que cet homme-là, il l’avait accueillie dans son univers, il lui apportait tout, une vie, un décor, une famille, un équilibre, cet homme-là c’était tout un monde. Sans qu’elle s’en rende compte il dessinait les contours de son existence. C’est toujours dangereux de miser son destin sur un homme. C’est si fragile, un homme.

L’Amour sans le faire – Serge Joncour