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Étiquette : Prix littéraire des blogeurs

La lamentation du prépuce – Shalom Auslander

La lamentation du prépuce – Shalom Auslander

Quel héritage religieux transmettre à son enfant quand on craint soi-même Dieu depuis tout petit ? Shalom tente de répondre par la dérision… en espérant que Dieu ne lui en voudra pas trop !

Mais d’où t’es venue l’idée de lire ce livre ?

Ce livre fait partie de la sélection du Prix littéraire des blogueurs dans la catégorie Indiana. Vous pouvez lire les avis des autres membres ici.

La quatrième de couv :

Jeune époux et futur papa, Shalom pourrait être le plus heureux des hommes. Mais l’enfance peut commettre bien des ravages… Élevé dans la plus stricte orthodoxie juive, il en a gardé une vision très personnelle du « Tout-Puissant » et une paranoïa aiguë. Trente-cinq ans que cela dure. Trente-cinq ans d’une relation complexe, faite d’incompréhension et de pure terreur. Alors, à l’adolescence, Shalom s’est rebellé : gavage de hot dogs, lectures pornos… Et il a attendu, tremblant, le châtiment divin. Mais rien… Aujourd’hui, la grossesse de sa femme le laisse désemparé. Partagé entre son désir d’émancipation et sa peur maladive de Dieu, le voilà confronté à l’agonisante question : quel sort doit-il réserver au prépuce de son enfant ?

Mon avis :

Imaginé que depuis tout petit, on vous serine que Dieu vous surveille, partout, tout le temps, et que tout ce que vous ferez de mauvais dans votre vie se retournera contre vous ou votre famille. Pire même, on vous laisse croire que cela risque de tuer vos proches. Il y a de quoi traumatiser un enfant. Et lui laisser des séquelles psychologiques à vie. C’est ainsi que Shalom a grandi. Dans une religion stricte où manger non casher pouvait entrainer la fureur de Dieu, mais où en même temps son père pouvait s’emporter violemment contre les siens. Alors forcément, à l’adolescence il se rebelle. Et ne voit aucun châtiment divin arriver. Mais il sait que Dieu doit attendre son heure pour le punir. Et son heure, ça ne serait pas maintenant ? Alors que sa femme attend son premier enfant ?

Ce livre, c’est celui que lui conseille d’écrire son psychologue. Pour expliquer à son fils pourquoi il ne verra pas beaucoup ses grands-parents. Pourquoi aussi son père a peur du Jugement de Dieu. Tout le temps. Et pourquoi, d’un coup, le prépuce de son enfant prend une telle importance dans sa vie. Pourquoi aussi son père continue de croire en Dieu à cause, ou malgré, son histoire.

L’humour peut sembler limite parfois dans ce roman : insulter Dieu, en général, ça ne se fait pas. Surtout pour qui a reçu une éducation religieuse stricte. Mais dans ce roman, on assiste plus à une condamnation des biens pensants qui cherchent à inculquer des préceptes et des règles qu’eux-même ne respectent bien souvent pas. Car au fond, sur un ton humoristique mais un peu désespéré parfois, il aimerait bien y croire en Dieu, Shalom. Mais tout simplement pas à ce Dieu qui tue, qui juge, qui condamne. Ce n’est pas ça qu’il a envie de transmettre à son fils. Alors il fait ses petits arrangements avec Dieu, à sa sauce. En espérant que ça suffise pour le protéger lui et sa famille.

On sourit souvent devant les subterfuges que Shalom met en place pour essayer d’avoir Dieu dans sa poche. Mais on sent aussi tout le désespoir d’un adulte qui tente, tant bien que mal, de transmettre quelque chose de positif à son fils. Et quelqu’un qui attend enfin qu’on l’aime pour ce qu’il est. Même si lui n’aime pas le Dieu qu’on a voulu lui imposer quand il était petit.

Extraits

Un premier extrait de ce livre a été posté dans l’extrait du mardi.

Je suis rentré à la maison dans un état second. J’avais passé douze ans à tenter de me garantir un espace à moi, de construire un foyer où je serais aimé pour ce que j’étais et non détesté pour ce que je n’étais pas. Je venais juste de commencer à y réussir, un succès porteur de joie, une joie porteuse d’enfant, un enfant qui menaçait maintenant d’aider ma première famille à faire de nouveau irruption dans ma vie. Avec sans cesse avec moi, collant comme une maladie vénérienne, le Seigneur.
A un feu rouge, j’ai fait halte à côté d’un semi-remorque appartenant à une société de transport, Guaranteed Overnight Delivery. Sur la paroi, l’acronyme s’étalait en lettres rouges de trois mètre de haut : G.O.D. Encore Lui.
– Très marrant, Dieu.
Connard.

Détails :

Auteur : Shalom Auslander
Traducteur : Bernard Cohen
Editeur : 10-18
Date de parution : 20/08/2009
306 pages

La septième rencontre – Herbjørg Wassmo

La septième rencontre – Herbjørg Wassmo

Deux êtres que tout sépare ; des vies qui semblaient toutes tracées ; la volonté, plus forte que tout, de vivre sa vie celle que l’on a choisie et non celle imposée par les autres.

Mais d’où t’es venue l’idée de lire ce livre ?

Ce livre fait partie de la sélection du Prix littéraire des blogueurs dans la catégorie Indiana. Vous pouvez lire les avis des autres membres ici.

La quatrième de couv :

Rut et Gorm sont des enfants du grand Nord norvégien, un pays de mer, de travail et de silence. Issus de milieux différents, solitaires par obligation et victimes de la rigueur morale de leurs familles respectives, leurs rencontres ne pouvaient être que fortuites et éphémères. La première eut lieu alors qu’ils n’avaient que neuf ans. Elle les a marqués pour toujours. Depuis, ils ne se sont croisés que cinq fois et jamais ils n’ont pu approfondir cette relation distante et pourtant réconfortante. Ils ont désormais la trentaine. Rut est devenue une artiste réputée, Gorm un homme d’affaires respectable. C’est leur septième rencontre. Peut-être leur dernière chance…

Mon avis :

On peine un peu, au début, à entrer dans ce livre. Il s’ouvre par cette fameuse septième rencontre. Celle de la dernière chance pour nos deux héros. Mais comme on n’a aucun recul sur leur histoire pour l’instant, on est un peu perplexe devant ce qui se joue. On a du mal à comprendre. Surtout que sans crier gare, l’auteur enchaîne par l’enfance de Rut. Et c’est à partir de ce deuxième chapitre qu’on va finalement se laisser porter tout doucement par l’histoire.

Rut, fille d’un prédicateur qui n’en a que le nom et d’une mère soumise, subit depuis sa plus tendre enfance le poids des responsabilités. Responsabilité d’un frère jumeau qui, privé quelques secondes d’oxygène à la naissance, nait avec une déficience mentale. Sur leur petite île, loin de la civilisation, elle est son guide, sa confidente, la seule qui le comprenne et puisse l’aider à avancer dans la vie. Mais comment dans ce cas, réaliser son rêve à elle, faire des études et peindre ? Elle n’a qu’une envie c’est de partir, fuir cette île qui l’étouffe et où sa vie est déjà toute tracée.

Gorm lui vient d’un milieu aisé. Son père est propriétaire d’un des plus grands magasins de la ville, sur le continent. Seul fils de la famille, petit protégé d’une mère hypocondriaque, délaissé par un père taciturne qui ne lui parle jamais, on attend tout de même de lui qu’il reprenne le magasin familial. Gorm suit la voie toute tracé pour lui, par défaut. Jusqu’au jour où il décide de tout plaquer, de vivre sa vie.

En alternant chapitre après chapitre l’histoire de Rut et celle de Gorm, on va les voir grandir, évoluer, souffrir, se révolter, s’apaiser et se rencontrer au fil de leur vie. C’est une histoire d’amour qui se joue, mais il y a aussi en tram de fond la Norvège, ses paysages, ses habitants, ses coutumes. Il y a aussi des luttes pour sortir des carcans imposés par le sexe, la culture, son origine.

On a commencé sur la septième rencontre, on finit sur cette septième rencontre, celle qui devrait peut-être changer leur vie. Un roman où on se retrouve assez vite emporté par l’histoire, même si on ne comprend pas toujours les choix des protagonistes. Un roman qui reste néanmoins un peu en dessous de Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil de Haruki Murakami qui aborde plus ou moins les mêmes thèmes et que l’on retrouvera très vite sur ce blog.

Extraits

Un premier extrait de ce livre a été posté dans l’extrait du mardi.

Détails :

Auteur : Herbjørg Wassmo
Traducteur : Luce Hinsch
Editeur : 10/18
Date de parution : 02/07/09
570 pages

Le cantique de l’apocalypse joyeuse, Arto Paasilinna

Le cantique de l’apocalypse joyeuse, Arto Paasilinna

Des années 90 au milieu de l’année 2023, Arto Paasilinna nous raconte un futur possible.

Mais d’où t’es venue l’idée de lire ce livre ?

Ce livre fait partie de la sélection du Prix littéraire des blogueurs dans la catégorie Indiana. Vous pouvez lire les avis des autres membres ici. Encore une belle découverte grâce à ce prix !

La quatrième de couv :

Terre, XXIe siècle. Partout le chaos. Alors que l’économie s’effondre, des hordes de miséreux sillonnent les continents. La Troisième Guerre mondiale est sur le point d’éclater… Pourtant, dans la forêt finlandaise, un havre de paix demeure. Là où, des années plus tôt, sur son lit de mort, un vieux communiste a chargé son petit-fils de construire une église en bois. Autour d’elle, une communauté de Finlandais délirants s’est peu à peu formée : ensemble ils revisitent les techniques de subsistance de leurs ancêtres, loin d’un monde en déconfiture.

Avec un humour ravageur, Arto Paasilinna plaide pour une vie plus proche de la nature, sans les diktats de la société de consommation.

Mon avis :

Au départ, ça part un peu comme une blague. Un vieux monsieur mourant, Asser Toropainen, explique à son petit-fils, Eemeli, sa dernière volonté : il veut construire une église. D’ailleurs les papiers avec le notaire sont déjà à jour, une fondation religieuse a été créée dans ce but, il ne reste plus qu’à commencer les travaux dès qu’il sera mort. Cela étonne d’autant plus le petit-fils qu’Asser Toropainen a été pendant toute sa vie le plus grand brûleur d’églises. Mais au fond, le raisonnement n’est pas dénué de sens : Eemeli a travaillé dans le bâtiment mais vient de faire faillite, l’économie est au plus bas et une église ça ne risque pas la banqueroute, et en plus ils ont déjà des terrains à leur disposition. Comme on ne refuse rien à un mourant, Eemeli accepte donc de construire cette église et va découvrir à quel point cela va changer sa vie.

Des années 90 – où l’église se construit, une communauté se développe, on tente de se sortir des démêlés avec la justice, on s’adapte aux bouleversements dans le monde – au milieu de l’année 2023, Arto Paasilinna nous conte un monde possible, fait de bombe H, de famine dans le monde, de troisième guerre mondiale ; New-York est noyé sous les détritus, Paris se retrouve sous l’eau, l’Asie a disparu et même le pôle Nord n’est plus tout à fait au Nord !

Un roman d’anticipation certes, mais narré du point de vue des Ukonjärviens, cette communauté qui s’est créée autour de l’église d’Eemeli. Une communauté soudée, faite de gens bien, qui a fini par vivre totalement en autarcie et n’a de nouvelles de « l’extérieur » que par bribes, lors du passage d’un étranger. On est donc loin, très loin, d’un roman à La route. Ici on est plutôt dans un appel à notre conscience. Pour nous montrer qu’une alternative est possible. Que notre monde ultra moderne n’est peut-être pas l’unique réponse possible à tous les problèmes. Qu’au final, il risque même d’être la raison de notre perte à tous…

Une histoire en forme de satire où parfois certaines choses peuvent sembler un peu trop facile, un peu trop idéaliste, mais une histoire qui nous fait passer quand même un très bon moment !

Détails :

Auteur : Arto Paasilinna
Editeur : Folio
Date de parution : 29/10/2009
391 pages

Mort en lisière – Margaret Atwood

Mort en lisière – Margaret Atwood

Dix nouvelles qui tournent toutes autour des femmes et des cassures que l’on peut rencontrer au cours de nos vies.

Mais d’où t’es venue l’idée de lire ce livre ?

C’est pour le Prix Littéraire des Blogueurs. L’idée venait donc un peu de la sélection du prix Indiana.

La quatrième de couv :

Un jour, insidieusement, leur quotidien dérape. Sur un souvenir, un incident, une rupture, une prise de conscience. Le constat qu’ils dressent alors de leur propre existence a un goût doux-amer, lucide et ironique. Voilà le lien secret qui unit les protagonistes – hommes et femmes, femmes surtout – de chacune de ces dix nouvelles. Du Canada urbain à celui des grandes étendues sauvages, depuis des fouilles archéologiques en Écosse aux bureaux d’un journal à la mode, d’une disparition en montagne au microcosme d’une colonie de vacances, d’une traîtrise amicale à une exquise vengeance amoureuse, de la fin des années 1950 au début des années 1990, Margaret Atwood nous offre dix récits tendres et incisifs qui confirment son intelligence aiguë de la société contemporaine.

Mon avis :

Ici on parle d’histoire d’amour et de rupture. D’amitiés fortes et de trahison. Du désir d’enfants et de ceux qui disparaissent un jour sans laisser de traces. De réussite professionnelle et de lynchage sur la place publique. De la génération d’avant et de ce qu’on fera mieux qu’eux.

Tous ces personnages se retrouvent à un moment en lisière de leur vie. Un dérapage, une prise de conscience, le passé qui revient frappé à leur porte, les obligent à se battre, se remettre en question, trouver un nouveau moyen d’avancer pour continuer à vivre.

Les personnages sont souvent forts et attachants. Même s’ils n’existent que le temps de quelques pages. Car c’est bien là ce qui m’a gêné dans ce recueil. Le format des nouvelles me convient bien en général. J’aime avoir des petites parenthèses entre deux lectures. Avoir un morceau de vie à découvrir l’espace de quelques pages. La plupart des nouvelles ici auraient mérité un développement plus long, un roman pour chaque. Pour rentrer encore plus dans les cheminements personnels, dans la psychologie de ces êtres touchés par les évènements de la vie.

Un autre Margaret Atwood ? Certainement ! Mais en roman cette fois. Pour me plonger plus longtemps dans son univers.

Les avis des autres membres du jury sont disponibles sur le site du Prix littéraire des blogueurs.

Merci à Alapage, partenaire de ce prix, pour l’envoie de ce roman.

Extrait

« Marcia sera un peu ivre à cause de l’eggnog. Plus tard, quand la vaiselle sera faite, elle pleurera silencieusement, toute seule, enfermée dans la salle de bain. Elle serrera dans ses bras de fête le chat bougon, que, dans ce dessein, elle aura été débusquer de sous le lit. Elle pleurera parce que les enfants ne sont plus des enfants, ou bien parce qu’elle-même n’est plus une enfant, ou bien parce que certains enfants n’ont jamais eu d’enfance, ou bien parce qu’elle ne peut plus avoir d’enfants, plus jamais. Son corps s’en est allé trop vite ; elle ne s’était pas préparée. » p. 371

Détails :

Auteur : Margaret Atwood
Editeur : Robert Laffont / Pavillons Poche
Date de parution : 17/09/2009
371 pages

A quand les bonnes nouvelles ?, Kate Atkinson

A quand les bonnes nouvelles ?, Kate Atkinson

Avis plus que mitigé pour ce roman de Kate Atkinson.

La quatrième de couv :

Dans un coin paisible du Devon, une petite fille de six ans, Johanna Mason, est témoin d’un épouvantable massacre, dont elle est la seule rescapée. Trente ans plus tard, l’homme qui a été condamné pour ce crime sort de prison. A Edimbourg, Reggie, seize ans, travaille comme nounou chez un médecin, le docteur Hunter. Mais celle-ci disparaît, Reggie est la seule personne qui semble s’en apercevoir…

Mon avis :

Pour une fois je vais faire un avis en j’aime/j’aime pas, parce que j’avais vraiment envie d’avoir une belle rencontre avec ce livre et qu’elle n’a malheureusement pas eu lieu.

Ce que j’ai aimé :

Les personnages. Tous ou presque. Kate Atkinson nous les fait vivre avec des descriptions très complètes sur leur physique, leurs habitudes, leurs petites manies, mais aussi et surtout leurs pensées. Car tous les personnages de ce livre sont des rescapés de la vie. Et ils ont tous une force de caractère qui les pousse à aller plus loin.

La construction du roman. Avec ces histoires alternées qui tissent leur toile au fur et à mesure jusqu’au dénouement final. Au début on est parfois un peu perdu et au fur et à mesure, on comprend, on avance, on fait des rapprochements.

Ce que je n’ai pas aimé :

Ce qui m’a le plus dérangé dans la narration, ce sont les notes continuelles de bas de page. Entre les explications sur des références culturelles et la bibliographie des citations, j’avais l’impression de passer mon temps à lire les petites lignes et donc à ne pas entrer dans l’histoire.

Les personnages qui n’ont pas de justification dans l’histoire. Je ne suis pas entrée dans la narration et j’ai donc peut-être raté une étape. Mais je ne sais toujours pas ce que font les Needler dans cette histoire. Ils ressemblent à des electrons libres sans aucun rapport avec le reste de l’histoire. Mais je suis aussi peut-être passé à côté de cette connexion…

Bref, ça ne restera pas dans ma mémoire bien longtemps et le prochain livre de Kate Atkinson qui se trouve dans ma liste à lire ne risque pas de remonter de si tôt.

Extraits

« Vraiment, chaque fois qu’on disait au revoir à quelqu’un, on devrait faire attention, juste au cas où ce serait la dernière fois » p.107

Détails :

Auteur : Kate Atkinson
Editeur : Livre de Poche
Date de parution : 30/09/2009
458 pages

Livre lu dans le cadre du prix Indiana du Prix littéraire des blogueurs.

Les avis des autres membres du jury sont disponibles sur le site du Prix littéraire des blogueurs.