Dans ce livre se cachent des pépites de termes étrangers. Et une comédie qui fait grincer les dents du Bonheur !

La quatrième de couv :

Vous voulez perdre du poids ? Abandonner la cigarette ? Améliorer vos performances sexuelles ? Libérer l’énergie intuitive de l’hémisphère gauche de votre cerveau ? Stimuler votre enfant même s’il n’est encore qu’un foetus ? Ne cherchez plus ! Lisez les livres des éditions Panderic et vous vivrez heureux.

Bien que directeur de la collection « développement personnel », Edwin peine à mettre en pratique les précieux conseils distillés dans ses ouvrages : il boit trop, fume trop, trompe sa femme ; sa vie est un désastre. Mais il a du flair : quand le manuscrit d’un mystérieux gourou atterrit sur son bureau, il sent qu’il tient un best-seller.

Et ça marche ! Les ventes décollent, l’humanité baigne dans la félicité. Peut-on imaginer une vie sans péchés et sans tentations ? Qui pourra sauver le monde de ce bonheur intolérable ?

Une comédie qui manie à merveille l’absurde, une satire mordante du milieu de l’édition, une réflexion profonde sur notre éternelle quête du bonheur.

Mon avis :

Bonheur, marque déposée est une satire du milieu de l’édition :  on y apprend pourquoi un manuscrit peut y être refusé – parce qu’il y avait des pâquerettes collées sur la couverture – ; les ficelles pour faire vendre un titre alors qu’on n’a pas de contenu valable – augmentons donc la taille de la police et les marges – ; les mesquineries entre collègues pour décrocher le prochain best-seller.

Mais surtout, Bonheur, marque déposée nous propose une vision de notre monde où le Bonheur se serait installé pour tous et tout le temps. Avec Ce que j’ai appris sur la montagne cela semble possible, vu que tous ceux qui lisent le roman, baignent dans une grande félicité sans fin. Présenté comme cela, ça semble quand même terriblement tentant !

Bien sûr, la réalité est toute autre. Will Ferguson vient ici nous présenter un monde où tout devient uniforme, sans saveur, vu que tous adoptent les méthodes de Ce que j’ai appris sur la montagne. Les joies extrêmes ainsi que les peines extrêmes disparaissent au profit d’un « rire calme et paisible de quelqu’un qui ne fait qu’un avec l’univers.« 

Au point que ce cher Edwin, qui n’a pas été contaminé vu qu’il n’a pas lu le livre, décide de mener le combat contre son auteur afin de redonner au monde et à son nouvel amour un peu plus de piquant.

Un livre distrayant qui, en plus, est truffé de terme magnifique, extrait du lexique de Howard Rheingolg, They Have a Word for It (Ils ont un mot pour ça, enfin ça c’est ma traduction. Si le lexique existe en français, il a peut-être un autre nom). On y trouve pêle-mêle des mots comme moksha (concept hindou qui signifie « comment se libérer d’un désir inadéquat »), mokita (langage kiriwina de la Nouvelle-Guinnée, qui veut dire la « vérité dont personne ne parle ») ou encore le Shadenfreude allemand qui est la « joie provoquée par le malheur d’autrui ». Des vrais pépites !

Extraits

Un premier extrait de ce livre a été posté dans l’extrait du mardi.

« La vie est une succession d’emmerdes, mais de toute façon on n’en aura pas d’autre. On n’a pas les moyens de la traverser en somnambule car on n’a droit qu’à un seul tour de manège. » p. 301

« Vous savez ce qui a fait de nous ce que nous sommes ? La nation la plus grande, la plus rapace, la plus dynamique, la plus expansionniste de l’histoire du genre humain ? Une nation qui bouffe des Big Mac et compte les calories ? C’est la poursuite du bonheur. Pas le bonheur. La poursuite. » p. 391

Détails :

Auteur : Will Ferguson
Editeur : Belfond
Date de parution : 2003
409 pages

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