Ce que le temps a fait de nous - Isabelle Minière, Hélène RajcakUn court texte très beau, très délicat, sur le temps qui passe et les petites vieilles dames qui redeviennent de petites filles.

La quatrième de couv :

Au seuil de sa vie, une vieille dame revient vivre chez son grand fils.
Elle s’échappe un peu plus chaque jour de la réalité, se passionne pour les rubans et les boutons, paisiblement, son esprit s’égare.
Lui n’est pas totalement sorti de l’enfance et construit sa vie entre une sœur imaginaire, la vivacité des souvenirs, une liaison avec une femme mariée…

A la croisée de ces temps contraires, Isabelle Minière construit une parabole drôle et émouvante sur l’amour filial, la sénilité, la vieillesse. La douceur de l’humanité.

Les gouaches d’Hélène Rajcak effleurent le texte avec subtilité. Couleurs, rythmes ou figures évoquent la fragilité de la construction humaine, soulignent les sinuosités de la mémoire.

Mon avis :

«J’ai accepté de garder maman avec moi, mais ce n’est pas pour elle que je l’ai fait. (…) C’est pour la dame d’autrefois, la dame qui emmenait son enfant chez les vieilles voisines. C’est pour cette dame que j’ai aimée, passionnément. Et qui a disparu.» Vieux garçon célibataire, le narrateur décide de prendre sa mère chez lui parce qu’elle perd tout doucement la tête. Les journées sont rythmées par les sorties au parc, la visite de la vieille voisine, mais surtout, elle s’émerveille de ses rubans, qu’elle transforme en bracelets, ou de ses boutons qu’elle classe par formes et par couleurs.

Mon fils, car s’est désormais comme ça que le nomme sa mère qui a oublié son nom, aurait bien aimé avoir une soeur. Même qu’elle pourrait s’appeler Sabrina. Elle l’épaulerait dans les moments difficiles. Elle pourrait prendre la vieille dame pendant quelques jours quand Mon fils voudrait voir sa maîtresse. Où partager avec lui le chagrin de voir celle qu’il a connu disparaître tous les jours un peu plus. «Maman, ma maman, qu’est-ce que le temps a fait de nous ? On s’entendait si bien, on se comprenait si bien, on s’aimait si bien. Je regard la vieille dame au bracelet doré, juste avant de me mettre à chialer, comme un gosse abandonné. Mon fils est ridicule, ce soir, désolé, maman.»

Un court texte très beau, très délicat, sur le temps qui passe et les petites vieilles dames qui redeviennent de petites filles. On y trouve toute la difficulté à voir ses parents vieillir et la difficulté à devenir celui qui va prendre en charge celle qui était là avant pour le protéger et l’aider à grandir. Les gouaches répondent avec douceur à cette vie qui prend fin tout doucement.

Extraits

Lire les premières pages en ligne.

Je devine la petite fille en elle, qui retient son éclat de rire, se contente d’un sourire éclatant ; je perçois l’adolescente, rayonnante mais réservée ; je vois la vieille dame, heureuse, apaisée, mais secrète. Toutes ces femmes en elle… sauf celle que j’ai connue, moi, enfant, adolescent. Celle-là aussi s’est perdue en chemin, et j’en suis tout désorienté. Maman, ma maman, mais où es-tu passée ?

Détails :

Auteur : Isabelle Minière, Hélène Rajcak
Éditeur : Chemin de fer
Date de parution : 03/2011

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