Celle qui ne parle pas tente de se défaire du fardeau légué en héritage par sa famille. Un murmure pour raconter une cheminement bouleversant !

Mais d’où t’es venue l’idée de lire ce livre ?

Seul livre avec J’attends que j’avais acheté lors de l’été du livre à Metz. Après lecture du deuxième roman de Capucine Ruat, j’avais envie très vite de pouvoir lire son tout premier, Celle qui ne parle pas.

La quatrième de couv :

Le médecin me dit que je suis une enfant. J’ai le corps d’une fillette. Ce n’est pas grave, ça se répare un corps. Il y a un an je ne pesais pas grand-chose, on aurait pu me glisser dans une mallette ou m’accrocher à un cintre. Me souffler comme une allumette ou me froisser dans du papier de soie. Ma peau était une vieille fripe. Je l’enfilais à l’envers et je marchais de travers. J’ai grossi comme j’ai pu.

Mon avis :

Il y a des familles où on ne se parle pas. Les secrets se transmettent comme un fardeau de génération en génération, sans que quiconque n’ose briser le silence. Et parfois ces silences, ces souffrances, ont des répercussions physiques. « Le médecin est une femme, elle dit que je ne peux pas rester comme ça. Non, elle a raison, je ne peux pas. Alors je décide d’y voir plus clair. De voir comment cela a commencé. Il faut bien que cela sorte. Pas de la guimauve, un truc collant, pas une eau tiédasse. Le sang, c’est une histoire de femmes. Alors je fais le tour des femmes de ma vie. Quand j’étais un tas d’os elles m’ont parlé à leur façon, à la façon de la famille, mutique. »

Alors elle remonte l’histoire de sa famille, « ni riches ni pauvres, mais incroyablement préservés ». La grande mère qui « piquait comme un oursin, mais c’était plutôt un porc-épic, les épines rentrées sous la peau, prête à se retourner » et avec « des lèvres sans murmures ni baisers ». La mère qui ne travaillait pas et dont la peau sentait « l’odeur du fauve en cage ». Une mère qui à 40 ans a cessé de porter des bijoux, de la lingerie fine, n’a plus acheté de jupes ou de robes depuis longtemps. « Elle a fait place nette comme si ce n’était plus de son âge et qu’il lui fallait passer la main. » La soeur qui « brillait, [ça] scintillait, c’était clinquant », à côté de la narratrice qui « faisait pâle figure ». Cette sœur à qui tout semble réussir, la beauté, les garçons, le travail… L’amie finalement, celle qu’elle a depuis l’enfance et avec qui elle s’est fâchée, à qui elle voudrait aussi parler, être capable de le faire…

Celle qui ne parle pas raconte tout doucement, comme un murmure, ces choses dont personne ne parle dans sa famille. Ce murmure est pourtant plein de force, de violence parfois dans la vérité crue qu’il soulève. Mais il est parfois nécessaire de détricoter ces fils emmêlés depuis des générations pour parfois s’autoriser à vivre sa propre vie et grandir tout simplement. Des phrases et un cheminement bouleversant.

Extrait:

Dans ma famille les femmes s’offrent en héritage un amour bancal, un amour à cinq pattes. D’une génération à l’autre, le fardeau passe de main en main. Personne ne prend le chemin à rebours et ne se défait de la malédiction. Il n’y a aucune transmission, aucun truc de filles qu’on s’échangerait sous la couette en rigolant.
La douceur n’est pas toujours du côté des femmes.

Détails :

Auteur : Capucine Ruat
Editeur : Livre de poche
Date de parution : 23/05/2007
127 pages

Ce livre part en voyage chez Mirontaine. Il passera ensuite chez Valentine, puis rejoindra Mallory. Et ensuite ?

Cette chronique a déjà été lue 16425 fois.

%d blogueurs aiment cette page :