Affrontement entre des ouvriers représentant le monde moderne et un peuple oublié qui vivait heureux jusque là. Une très belle écriture et une très belle ambiance, au milieu de l’eau.

Mais d’où t’es venue l’idée de lire ce livre ?

Choisi sur les conseils de ma librairie préférée. Jamais je ne serai allé vers ce livre naturellement, mais un petit mot plein d’enthousiasme sur la couverture et voilà que je me laisse tenter !

La quatrième de couv :

Un homme étrange s’engage au sein d’une équipe chargée de construire un barrage en haute montagne. Perdu dans la brume, tout au fond d’une vallée mal connue, se révèlent les contours d’un hameau, mais les travaux ne sont pas remis en question par cette découverte : le village sera englouti sous les eaux.

Au cours de ce terrible chantier, le destin de cet homme entre en résonance avec celui de la petite communauté condamnée à l’exil. A la veille du départ qui leur est imposé, il observe les premières silhouettes alignées sur le sentier escarpé. Elles sont innombrables et portent sur leur dos un singulier fardeau.

Des images de toute beauté, inoubliables.

Mon avis :

Un hameau isolé en pleine montagne, vieux de plus d’une centaine d’année, découvert par hasard lorsqu’à la fin de la guerre, un avion s’écrase là. Toujours habité, il va dans un premier temps susciter l’intérêt d’étudiants en histoire. Avant d’être étudié de plus près, afin de construire un barrage. « Tout cela à cause du cours de la rivière K, au bord de laquelle on supposait que le hameau se trouvait. Toute la zone en amont de la K avait très tôt été considérée comme un site favorable pour l’exploitation d’électricité, du fait de l’importante déclivité du courant et des précipitations exceptionnellement fortes même pour le Japon (…). »  Alors une équipe va être envoyée sur place, afin de préparer le terrain pour l’arrivée de centaines d’ouvriers qui viendront dénaturer ce coin perdu.

Parmi cette première équipe se trouve le narrateur. Homme blessé, il sort de prison pour avoir assassiné froidement sa femme qui l’avait trompé. Depuis, il fuit les plaisirs et la vie, cherchant à expier sa faute. Et pourtant, parmi toute cette équipe, c’est celui qui semble le plus humain. Alors que les habitants de ce hameau sont visiblement totalement indifférents à l’arrivée de ces visiteurs, les ouvriers arrivent pleins de supériorité et de mépris pour ce peuple oublié. Alors, sans ménagements, ils commencent à dynamiter les flancs de la montagne, créant des dommages dans les maisons, à s’accaparer les biens des habitants, jusqu’au viol d’une jeune fille du village. Et le narrateur est de plus en plus mal à l’aise, car il se sent, en quelque sorte, en harmonie avec cette communauté…

Tout cela prend place dans un texte limpide, magnifique, où l’eau est toujours présente, que ce soit sous forme de pluie, de brouillard, de cascade, de bains ou de rivière. Deux mondes s’affrontent, l’un qui vit là depuis toujours, en harmonie avec la nature, l’autre, supposé moderne, mais violent, irrespectueux de la nature et des hommes. La mort et la sexualité violente sont présentes aussi dans ce texte, mais par petites touches, juste de quoi créer une ambiance propice au malaise. Et le récit atteint son apogée au moment des préparatifs du départ de cette petite communauté qui, jusqu’au bout, aura su montrer toute sa dignité et, au fond, sa supériorité au monde « moderne ».

Détails :

Auteur : Akira Yoshimura
Traducteur : Yutaka Makino
Editeur : Acte Sud
Date de parution : 01/09
174 pages

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