Le thème de la folie, des problèmes de communication, des non-dits, avec une écriture qui m’a moins marquée que dans Personne.


Mais d’où t’es venue l’idée de lire ce livre ?

Ce livre a été chroniqué dans le cadre d’un partenariat avec le site Chroniquesdelarentreelitteraire.com et dans le cadre de l’organisation du Grand Prix Littéraire du Web Cultura.

La quatrième de couv :

Dans quelques heures, à la levée du jour, j’aurai quitté cette maison. Pour, sûrement, ne plus jamais y revenir. Fuir cette tache rouge sur le mur, et cet œil impitoyable qui m’épie à travers un trou du plafond. Pourtant, j’avais espéré que cet espionnage cesserait le jour où… Presque tous ont dit que c’était un accident, tu as voulu ramasser un chiffon qui était tombé sur le rebord de la fenêtre, tu t’es penché un peu trop, et puis… Les autres ont avancé l’hypothèse du suicide, tu étais dépressif, l’armoire à pharmacie était bourrée de médicaments… Je ne sais plus. Tout s’emmêle.

Une confusion extrême agite la narratrice : elle a d’abord soupçonné son mari d’avoir voulu l’assassiner. Maintenant qu’il a basculé par la fenêtre, elle ne sait plus quoi penser. Pourtant la peur et l’angoisse demeurent : des sentiments impossibles à partager, confiés à des cahiers où elle s’exprime tantôt à la première personne, tantôt spectatrice d’elle-même, dans un dédoublement vertigineux. Retrouver la paix lui sera-t-il possible?

Avec une grande précision clinique et le souci du détail qui caractérise son style, Gisèle Fournier décrit le parcours d’une femme qui s’enfonce dans une dépression.

Mon avis :

Des mots jetés sur le papier, à la va vite ; des bouts de vies morcelés ; des fragments de pensées. Pour essayer de contrôler cette folie qui l’a gagne, pour la tenir à distance, la narratrice couche sur le papier son mal-être. Tantôt en mono syllabe lorsque tout va mal, tantôt en spectatrice de sa vie pour essayer de comprendre. Alors dans ces moments-là, elle essaye de démêler les fils. De savoir à quand tout a commencé à déraper : après son passage dans cette petite ville de Naples ? A la naissance de sa fille peut-être ? Ou même, ce jour où son mari lui a menti ?

Le dernier mot, c’est celui qu’a laissé la narratrice dans ses carnets. Un dernier mot interrompu, dont on ne connaitra que les premières lettres « fag ». Et c’est à partir de ces carnets et de ce dernier mot que sa fille va tenter d’amener un éclairage sur cette mère. Elle va retracer petit à petit la vie de celle qui l’a portée. Retracer le chemin de la folie pour essayer de comprendre et surtout, surtout briser ce cycle de folie qui se transmet de mère en fille.

Un roman en miroir où la fille donne la réplique à une mère déjà disparue, donnant d’autant plus l’impression de la difficulté à communiquer entre ces personnes. Sur l’héritage aussi, celui qu’on porte dans les non-dits, dans les silences. Un livre intéressant, mais où j’ai eu l’impression que la précision clinique, mise en avant dans la quatrième de couverture, nous laissait en surface, comme en retrait, ne me permettant pas de partager réellement cette histoire avec ses personnages.

Extraits :

Si seulement, je pouvais être comme tout le monde. Faire comme tout le monde. En apparence du moins. Marcher tranquillement, au lieu de chanceler. Manger normalement au lieu de me contenter d’une tranche de melon ou d’une demi-barquette de fraises. Ne plus avoir ce nœud, là, au creux de la gorge, de l’estomac, ce verrou qui cogne contre les côtes. Simplement m’asseoir sur un banc, calmement, au soleil, lire un journal, regarder les passants déambuler, les gamins jouer au ballon, les gens pressés, costume cravate serviette à la main, ou chemisier blanc petit tailleur, ou ceux qui reviennent du marché, le cabas rempli de légumes, le vert des poireaux dépassant de quelques centimètres du bord du panier, puis les autres, baskets et jogging, et ceux dont on ne peut deviner, allure rapide ou alanguie, habillement neutre, sans cabas ni sac à provisions, la raison pour laquelle ils traversent cette place. Mais non.

Je pensais plutôt à ce qu’une femme m’avait dit, une fin d’après-midi, dans la lumière feutrée de son cabinet, la nuit commençait à tomber, on entendait, pas très loin, le bruit ouaté de la circulation, les sirènes des ambulances, l’éclat de quelques voix, le claquement de portes dans l’immeuble, elle avait dit que l’on avait tous nos valises à porter, plus ou moins légères, plus ou moins lourdes, c’était selon, mais lorsque le poids devenait excessif, il fallait s’arrêter sur le bord du chemin, les ouvrir, ces valises, et examiner leur contenu.

Détails :

Auteur : Gisèle Fournier
Editeur : Mercure de France
Date de parution : 19/08/2010
134 pages

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