Pour cette deuxième soirée de la saison, Paroles d’Encre a invité deux poids lourds de la rentrée, David Foenkinos et Véronique Bizot. Ils sont présentés comme deux écrivains de la douceur et de la dérision.

Accès direct aux auteurs :

Véronique Bizot

Véronique Bizot est journaliste, Un avenir est son 4e ouvrage, après un roman primé et deux recueils de nouvelles.

Ce nouveau roman est basé sur les pensées du narrateur, immobile dans la maison de famille froide et désertée par son frère, qui lui a écrit son intention de disparaître. Il se remémore son passé, les personnes croisée dans sa vie, et sa fratrie minée par la dépression, la folie, l’hypocrisie, l’incompréhension à la suite de la disparition inexpliquée du frère.

L’idée de départ était cette image d’un homme seul dans une maison de famille, une sorte de McGuffin à la Hitchcock. L’auteur avait envie de cette narration immobile, toute l’action étant générée par les pensées du personnage principal. Elle est donc partie de cela, sans avoir conscience d’écrire un roman familial. Véronique Bizot écrit sans intention consciente, sans préméditation, le livre s’est construit par association d’idées au rythme des pensées du narrateur. Des phrases sont influencées par Thomas Bernhard, écrivain autrichien dont l’univers lui parle beaucoup.

On découvre donc au fil des pages, progressivement, des petites touches de la vie de Paul, le narrateur. Mais il faut reconnaître qu’il existe surtout par le regard qu’il porte sur les autres. De nombreuses anecdotes racontées dans le livre seront citées au cours de l’intervention de l’auteur. Cependant le centre du roman est constitué par la fratrie de Paul, dont il reste en retrait. Dans une famille chacun occupe une place identifiée, mais eux ont fini par bifurquer, car être ensemble réactive des choses douloureuses du passé. Un autre centre est cette maison que tout le monde fuit sauf son frère jumeau qui est resté, après leur enfance désastreuse.

Malgré tout, ce roman est empreint de dérision et comporte des aspects comiques. L’animateur insiste sur le fait qu’il n’est pas lugubre, il est plein d’humour.

L’avis de Paroles d’Encre :

Véronique Bizot nous montre que le désespoir crée quelques instants fugaces de bonheur : « tout sentiment d’allégresse est chez moi aussi fugitif qu’un appel d’air entre deux trains qui se croisent à grande vitesse », nous dit Paul.

Un avenir, Véronique Bizot, Ed. Actes Sud

David Foenkinos

Après le décès de son grand-père, le narrateur de Les souvenirs prend conscience de tout ce qu’il n’a pas su vivre avec lui, de ne pas avoir su lui dire qu’il l’aimait. Il décide donc de ne pas recommencer la même erreur avec sa grand-mère, et il l’accompagne jusqu’à la fin, lui donnant tout son amour et faisant tout pour la rendre heureuse. Il la suivra même dans une fugue !

David Foenkinos vient ici présenter son 14e livre, chiffre annoncé par l’animateur et dont il est très étonné : il ne pensait pas avoir publié autant ! A la question désormais traditionnelle « pourquoi ce roman ? », il répond tout d’abord, dans un train d’humour « parce que je suis écrivain ». Viennent ensuite plus d’explications.

Lorsque lui-même a dû accompagner ses grands-parents sur leur dernière route, il a pris des notes, et eu envie de raconter tout cela. Il s’agit donc d’un roman très personnel, alors que David Foenkinos a souvent été dans l’incapacité de raconter des choses personnelles. Il ressentait une difficulté émotionnelle à exprimer l’incapacité à aider les gens qu’on a aimés. C’est pourquoi, les premières pages passées, on tourne très vite vers la fiction.

Les thèmes principaux du roman sont : le départ en retraite, la vieillesse qui devient un poids pour ses proches, et le narrateur, jeune homme qui souhaite devenir romancier mais tâtonne et occupe un emploi de veilleur de nuit en espérant que les idées lui viennent.

On retrouve donc dans l’œuvre la solitude, la pudeur d’exprimer ses sentiments, l’horreur des maisons de retraite, l’humiliation des pots de départ en retraite, la mélancolie… Mais ce roman est un roman d’éducation, à la fin le narrateur a suffisamment vécu pour devenir enfin écrivain.

Ce livre est rempli de détails comiques, qui feront l’objet de nombreuses citations ce soir, mais reste un livre grave.

David Foenkinos aime les livres qui donnent envie de lire un autre livre, d’écouter une autre musique, et espère en voir réussi un.

L’avis de Paroles d’Encre :

Une belle méditation sur le rapport au temps et à la mémoire, écrit par un romancier de la douceur, de la délicatesse, de la pudeur.

Les souvenirs, D. Foenkinos, Ed. Gallimard

 

Conclusion : 

Ce fut une soirée étrange. Sans doute par timidité l’un et l’autre, les deux auteurs ont raconté beaucoup d’anecdotes extraites de leurs livres, si bien qu’il a été difficile d’avoir une vision plus profonde des deux romans. Il m’a fallu quelques semaines de recul et une relecture de mes notes « à froid » pour arriver à dégager de cet ensemble un peu fouillis les grandes lignes de leurs œuvres et de leurs démarches. Maintenant qu’un peu de temps est passé, je dois dire que j’ai envie de lire ces romans.

 

Pour tous renseignements sur le fonctionnement de l’association ou son programme, vous pouvez écrire à parolesdencre@wanadoo.fr

 

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