Ce soir-là, Paroles d’Encre nous invitait à une soirée féminine, avec des auteurs ayant déjà beaucoup publié, chacune dans sa voie, et qui viennent ici présenter des livres sans doute originaux par rapport au reste de leur œuvre.

Il s’agit de Béatrice Commengé, « l’écrivain des grands hommes » et de Jeanne Benameur, surtout connue pour ses livres pour enfants.

 

 

Béatrice Commengé

L’occasion fugitive, Béatrice Commengé

Béatrice Commengé vient ici pour la 4e fois. Elle a publié 10 livres dont huit romans. Dans la plupart de ses romans, elle retrace l’itinéraire de grands écrivains comme Nietzsche, Miller, Hölderlin, Rilke, Svevo. En effet, elle aime rendre hommage à ses sources.

Dans L’occasion fugitive, elle nous entraîne sur un tout autre chemin, celui d’une histoire d’amour pour le moins inhabituelle. Une femme monte dans un train pour retrouver au bout du trajet l’homme qu’elle aime. Elle commence à lui écrire une lettre, selon leurs habitudes de correspondance. Depuis des années ils s’écrivent, ils se sont à peine rencontrés.

Béatrice Commengé a choisi ce voyage en train et cette durée de 3 heures pour pouvoir écrire un livre de joie pure et d’amour, qui traiterait du moment parfait, celui du « juste avant ». La durée du trajet permet de se souvenir des épisodes passés.

Ce livre n’est pas selon elle le livre de l’anti-coup de foudre. C’est plutôt celui de la montée du désir, l’histoire de deux êtres qui s’enchaînent d’abord par la phrase et leurs amours littéraires (le roman est truffé de références à de grands auteurs). Béatrice Commengé essaye également de décrypter comment ils auraient pu dix fois arrêter cette aventure et comment à chaque fois il y a eu une reprise.

Cette longue lettre analyse les questions « pourquoi suis-je dans ce train ? », « pourquoi vais-je me lancer dans cette aventure ? ».

Jeanne Benameur intervient pour dire qu’elle a très envie de lire le livre mais s’étonne de ne pas avoir entendu le mot « imaginaire ». Joue-t-il un rôle ?
Béatrice Commengé ne répondra pas vraiment à la question. Elle préfère nous emmener vers les pistes littéraires qui émaillent le livre, Stendhal, Nietzsche, Villa Matas…

Extrait : « Je crie mon consentement à ce moment parfait. Je vous l’écris. Mais quand le lirez-vous ? Un soir, je préfèrerai un soir d’été, j’irai chercher ces feuilles noircies à la vitesse du train, et ensemble, heureux, nous les lirons enfin – pour la première fois. »

L’avis de lecteurs présents dans la salle :
Un très beau livre, la fin est magnifique. Curieusement, Béatrice Commengé ne savait pas bien comment finir le roman !

L’occasion fugitive,  Béatrice Commengé, Ed. Léo Scheer

Jeanne Benameur

Les insurrections singulières, Jeanne BenameurAuteur d’une dizaine de romans et de nombreux livres pour la jeunesse, Jeanne Benameur écrit dans de nombreux registres (nouvelle, théâtre…). Pour Les insurrections singulières, comme pour ses autres œuvres, la base est l’acte poétique, la forme n’est pas un choix au départ.

Jeanne Benameur nous propose ici un texte ancré dans le monde industriel, celui d’une usine qui va fermer pour être délocalisée au Brésil. Antoine, 40 ans, est ouvrier dans cette usine. Il a perdu ses illusions, a eu des désirs plus grands que sa vie et se sent décalé dans ce monde, aussi bien vis-à-vis de ses parents que de l’école, l’usine…

Une rencontre avec un bouquiniste lui ouvre des portes sur autre chose, sur les questions qu’Antoine se pose depuis longtemps. Il entre dans les livres, arrive à parler. Ce point est important pour Jeanne Benameur, pour qui nous sommes des êtres de langage, l’homme possède cette immense puissance du verbe. Ce que le bouquiniste fait vibrer en Antoine, c’est le verbe. C’est une insurrection profonde, même si elle ne fait pas de bruit.

Après la lecture d’un livre sur un polytechnicien français pionnier de la sidérurgie brésilienne, il finira par partir au Brésil, sans savoir que ce sera un voyage initiatique et qu’il va y rencontrer l’amour.

Pour Jeanne Benameur, écrire est une aventure. Toutes les histoires ont déjà été racontées, tout tient à la façon de raconter, à la construction d’un univers qui va donner des images, des perceptions au lecteur. Dans le cas de ce roman, la genèse est peut-être dans ces ateliers de parole qu’elle a animés en 2005/2006 pour des ouvriers d’ArcelorMittal et de Godin confrontés à des délocalisations. Ils manifestaient de l’incompréhension face à l’absurdité, mais pas de lamentations. Lors du dernier atelier, un participant a dit « où on va parler maintenant ? ».

Jeanne Benameur a fait une lecture d’un extrait toute en sensibilité et en finesse, en plus d’être un écrivain c’est une grande lectrice !

Les insurrections singulières, Jeanne Benameur, Ed. Actes Sud.

Conclusion :
L’un des points communs entre ces deux livres est qu’ils offrent à leurs personnages un point de départ pour commencer à s’offrir une vie, voire un amour chez Béatrice Commengé. L’autre est la présence de la joie et de la littérature, nécessaire à la vie ?

 

Pour tous renseignements sur le fonctionnement de l’association ou son programme, vous pouvez écrire à parolesdencre@wanadoo.fr

Cette chronique a déjà été lue 1186 fois.

%d blogueurs aiment cette page :