C’est vrai que ça n’était pas l’homme idéal. Elle aurait pu s’en plaindre à qui de droit, invoquer une tromperie sur la marchandise, demander un échange, un remboursement, exiger des dommages et intérêts ; mais les réponses qu’elle n’aurait pas manqué de recevoir se seraient nourries aux phrases toutes faites : c’était facile pour personne, ma bonne dame. Même que c’était la crise, qu’il n’y avait plus de saison, qu’il fallait faire avec… Bla-bla-bla. Que ça lui plaise ou non, c’était pareil : être en couple ne voulait plus rien dire.

Et quand bien même elle aurait pleuré sur son sort, on lui aurait rafraîchi la mémoire – et fissa. Il ne l’avait pas prise en traître. Dès le début, il l’avait prévenue que leur histoire resterait nature morte : un sport et un passe-temps, tout au plus.

Fallait-il se contenter d’aussi peu pour conjurer la solitude ? La question méritait d’être posée. D’autant plus que ce soir n’était pas de ceux qu’on dit ordinaires. Ce soir, c’était leur anniversaire.

Le saut du requin – Romain Monnery

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