J’ai tant de choses à te dire, le problème n’est pas le manque de temps mais le manque de place, ce cahier se remplit, il n’y aura jamais assez de pages, j’ai fait le tour de l’appartement ce matin pour la dernière fois, il y a avait de l’écriture partout, les murs et les miroirs en étaient pleins, j’avais roulé les tapis pour écrire sur le plancher, j’avais écrit sur les fenêtres et tout autour des bouteilles de vin qu’on nous offrait mais que nous ne buvions jamais, je ne porte que des manches courtes, même quand il fait froid, parce que mes bras aussi sont des cahiers. Mais il y a trop à exprimer. Pardon. Voilà ce que j’ai tenté de te dire, Pardon pour tout. Pour avoir dit au revoir à Anna quand j’aurais peut-être pu les sauver, elle et notre idée, ou du moins mourir avec elles. Pardon pour mon incapacité à laisser les choses  sans importance, pour mon incapacité à retenir les choses importantes. Pardon pour ce que je m’apprête à faire à ta mère et à toi.

Extrêmement fort et incroyablement près – Jonathan Safran Foer

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