Si le désir provoque la souffrance, c’est peut-être parce que nous ne désirons pas judicieusement, ou que nous ne savons pas nous y prendre pour obtenir ce que nous désirons. Au lieu de nous cacher la tête dans un voile de prières et d’ériger des murs contre la tentation, pourquoi ne pas essayer de devenir meilleurs quand il s’agit de réaliser nos désirs ? Le salut est pour les faibles, voilà ce que je pense. Je ne veux pas de salut, je veux la vie, tout de la vie, ce qui est lamentable comme ce qui est magnifique. Si les dieux veulent taxer l’extase, eh bien, je paierai ; mais je protesterai contre leur taxe à chaque occasion, et si Odin, ou Shiva, ou Bouddha, ou ce type, là, le chrétien – comment s’appelle-t-il, déjà ? – ne peuvent pas respecter ça, alors j’accepterai leur courroux. Mais au moins, j’aurai goûté au banquet qu’ils ont étalé devant moi sur cette planète ronde et pleine de richesses, au lieu de m’en écarter comme un lapin édenté. Je ne peux pas croire que les choses les plus délicieuses ont été placées ici simplement pour nous tester, pour nous tenter, pour qu’il nous soit d’autant plus difficile de mettre la main sur ce gros lot que serait la sécurité du vide. Faire de la vie un jeu aussi mesquin est indigne des hommes et des dieux.

Un parfum de jitterbug – Tom Robbins

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