Machin aime dormir, regarder la télé et se laisser vivre. Machin déteste l’idée même de travailler, au point de dépenser une énergie folle pour tenter d’échapper au monde du travail.

Mais d’où t’es venue l’idée de lire ce livre ?

Il y a peu, lors d’une nouvelle commande numérique chez Bibliosurf, je me suis rendu compte que les éditions Au Diable Vauvert proposaient certains de leurs livres en format numérique, à un prix plus que raisonnable (comparé à d’autres maisons d’édition qui nous vendent du livre numérique plus cher que le format poche existant…) et sans DRM. Banco, un livre de plus ajouté à la commande !

La quatrième de couv :

« J’étais un enfant de la génération précaire et, très vite, je compris que viser un emploi dès la sortie de ma scolarité revenait à sauter d’un avion sans parachute. »

Machin vit à Lyon chez ses parents qui, excédés de le voir végéter, le mettent à la porte. Résigné, il rejoint une ancienne copine de fac à Paris où il partage une colocation avec deux autres personnes. Installé dans sa nouvelle vie, il trouve un stage sur une chaîne du câble où on l’exploitera, comme tout stagiaire qui se respecte. Quand son patron lui fait des avances, il part la tête haute et s’engage dans une longue période sans : sans emploi, sans ambition, sans petite amie, sans rien à faire, il reste enfermé des journées entières dans l’appartement avec son compagnon d’infortune, Bruno, son colocataire. Lorsque la colocation éclate, Machin doit chercher un nouvel appartement et revenir sur sa parole : il va bel et bien devoir trouver un travail alimentaire et se confronter à la vie d’adulte normal.

Raconté par un anti-Rastignac, voici le roman de la génération précaire et des désillusions perdues, où l’initiation des années 2000 se joue entre échec volontaire et résignation constructive.

Mon avis :

« Je n’avais rien fait. Sans but, sans cadre et sans horaires, je m’étais laissé vivre. C’est tout. […] Le calendrier rangé au placard, mon esprit avait banni les notions menaçantes d’avenir et de lendemain. J’avais cessé de réfléchir. J’avais dormi. » Avec un tel programme, Machin, surnommé ainsi car personne ne se souvient jamais de son prénom tant il est transparent, a été mis à la porte par ses parents, qui n’en pouvaient vraiment plus de le voir dormir et trainer, sans la moindre intention de trouver un travail. Il se souvient alors d’une amie de fac qui habite à Paris. C’est chez elle qu’il va continuer à dormir et ne pas travailler. D’autant qu’il trouve dans cette collocation un autre adepte de sa philosophie et qu’il découvre, avec joie, le RSA.

Toujours plus coupé de tout, Machin finira par se retrancher totalement dans sa chambre, s’arrangeant pour ne croiser personne, sortant de sa pièce uniquement pour aller aux toilettes et sombrant de plus en plus, sans le savoir, dans la dépression. Jusqu’au jour où cette collocation explose, l’amie ayant fini ses études, trouvé un travail et compte bien récupérer l’appartement pour emménager avec son copain. Machin se retrouve donc obligé de trouver un travail afin de pouvoir payer un loyer.

Agréable à lire, ce livre n’est pourtant pas représentatif, pour moi, d’une génération précaire. Alors que cette génération existe bien, les jeunes qui la composent tentent souvent de s’en sortir, acceptant un petit boulot malgré des bac+5 ou plus. Machin ici ne cherche à aucun moment (ou alors vraiment tout à la fin) à changer sa situation. Il dépense même parfois énormément d’énergie à tenter, à tout prix, d’échapper à ce fardeau qu’est le monde du travail. Par contre, il est assez représentatif d’une génération des désillusions perdues : promesses non tenues par des patrons à la recherche d’employés corvéables à merci, salaire de misère souvent pour des horaires à rallonge, aucune reconnaissance ou gratification… Au final, donc, un avis mitigé pour ce livre.

Extrait :

Un extrait est disponible dans l’extrait du mardi. Lire également le début du livre sur le site des éditions Au Diable Vauvert.

Détails :

Auteur : Romain Monnery
Editeur : Au Diable Vauvert
Date de parution : 08/2010
308 pages

Cette chronique a déjà été lue 5672 fois.

%d blogueurs aiment cette page :