Monsieur – Jean-Philippe ToussaintOn a l’impression que ça a été un jeu d’enfant pour l’auteur de nous amener sur ce banc avec Monsieur…

La quatrième de couv :

Monsieur, qui ne voulait pas d’histoires, n’aimait pas tellement raconter ce qu’il faisait. Il faisait de son mieux, en général et, après réflexion, parvenait à trouver une solution, élégante parfois, souvent mathématique, pour chaque difficulté de la vie – héler un taxi, par exemple – qui se présentait à lui au jour le jour. La nuit, dans son esprit, tout paraissait plus simple encore.

Mon avis :

Monsieur n’est pas quelqu’un que l’on remarque. Sa position préférée semble d’être assis sur une chaise, en attendant que quelque chose se passe. Pourtant, Monsieur occupe une bonne place dans une grande entreprise. Mais il est de ceux qui préfèrent passer « le plus inaperçu » possible. Au point que sa supérieure pense que : « Vous avez toujours l’air de ne rien foutre, vous, lui disait-elle amicalement à l’occasion, ajoutant, non sans finesse, que c’était là le signe auquel on reconnaissait les vrais grands travailleurs. » Monsieur a une petite amie, mais ne semble pas en faire grand cas. Idem quand celle-ci décide de rompre. Ou quand son nouveau voisin l’oblige presque à prendre en dictée le livre qu’il est en train d’écrire.

Le problème de Monsieur, c’est qu’il ne sait pas dire non. Et il ne semble pas beaucoup accorder non plus d’importance au monde qui l’entoure. Que ce soit les gens, les paysages ou même lui, tout lui semble extérieur, lointain. Sauf… Sauf le jour où Anna Bruckhardt entre dans sa bulle…

L’écriture est ici parcimonieuse. De Monsieur, on n’aura quasi aucun élément physique. De suspens, il n’y en a point. Le texte semble se dérouler tout seul, comme la vie de Monsieur. Avec, de temps en temps, des petits pieds de nez à la placidité de Monsieur et qui donne un aspect comique assez intéressant. On se laisse facilement entraîner dans cette nonchalance. Jusqu’à ce moment sur un banc, en compagnie d’Anna Bruckhardt. Et là finalement, on a l’impression que tout a été mis en place habilement pour nous mener jusqu’à ce moment précis. « La vie, pour Monsieur, un jeu d’enfant. » Et on a bien l’impression que ça a également été un jeu d’enfant pour l’auteur de nous amener sur ce banc avec Monsieur…

Extraits

Lire les premières pages sur le site des éditions de Minuit.

« Autour de Monsieur, maintenant, c’était comme la nuit même. Immobile sur sa chaise, la tête renversée en arrière, il mêla de nouveau son regard à l’étendue des cieux, l’esprit tendu vers la courbure des horizons. Respirant paisiblement, il parcourait toute la nuit de la pensée, toute, loin dans la mémoire de l’univers, jusqu’au rayonnement du fond du ciel. Atteignant là l’ataraxie, nulle pensée ne se mut plus alors dans l’esprit de Monsieur, mais son esprit était le monde – qu’il avait convoqué.

Oui. Il allait se gêner, Monsieur. »

Détails :

Auteur : Jean-Philippe Toussaint
Éditeur : Minuit
Date de parution : 1986

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