Ce mardi, la librairie La cour des grands, à Metz, a organisé une rencontre avec Claudie Hunzinger, auteur de Elles vivaient d’espoir. Je n’avais jamais entendu parler de l’auteur, ni du roman. Mais ma librairie préférée m’envoie un e-mail dans lequel est noté « nous soutenons fortement ce roman depuis la rentrée, tant il nous a conquis par la qualité de son écriture et par la force de ses personnages. Ce récit nous a ému, bouleversé et nous sommes persuadées que vous tomberez sous son charme à votre tour… » Vous faites quoi, vous, quand vous avez toute confiance en votre libraire ? On est d’accord, on fonce la tête baissée et on va rencontrer Claudie Hunzinger et découvrir son roman.

Claudie Hunzinger se fait attendre, car elle a eu un problème de train, mais dès qu’elle entre dans la pièce et qu’elle commence à nous parler de son livre, c’est comme si tout ce qui se trouvait en dehors de cette pièce n’existait plus. Elle a une voix douce et posée, faite pour raconter. Et elle nous embarque tout de suite avec elle et ses personnages. Pour ceux qui n’ont pas encore lu le livre (comme moi, par exemple) elle nous pose le décors : c’est l’histoire d’Emma et de Thérèse, deux femmes qui se sont aimées à une époque où cela n’avait rien de naturel ; deux femmes ayant une grande culture littéraire et politique, l’une solaire et l’autre réservée ; deux femmes qui vont finalement être rattrapée par l’Histoire et la guerre. L’une de ses deux femmes, Emma, est la mère de Claudie Hunzinger.

A partir de quatre cahiers tenus par sa mère pendant toute cette époque et des photos retrouvées, Claudie Hunzinger va d’abord réaliser avec son fils un documentaire Où sont nos amoureuses. Mais en agrandissant ces photos, elle se rend compte qu’un élément lui a toujours été caché lorsqu’elle découvre l’insigne des SS sur une veste de son père. Elle sent alors qu’il lui faut aller plus loin que ce simple reportage et décide de donner la voix à ses personnages et d’en faire un livre. A partir donc de ces quatre cahiers, qui comprenaient, entre autres, les lettres d’Emma à Thérèse, elle se base aussi sur ce que sa mère lui a raconté (car Emma n’a jamais caché à sa famille l’existence de ces cahiers, ni sa vie d’avant guerre) et sur une enquête qu’elle va mener pour découvrir ce qui est arrivé à Thérèse pour ainsi retracer la vie de ces femmes.

Par contre, il s’agit bien d’un roman et non une biographie. Elle a préféré choisir ce genre car déjà, dans les carnets d’Emma, celle-ci passe du « je » au « elle » lorsque sa vie devient un enfer. Mais aussi, et peut-être surtout, pour mettre à l’abri les personnes qui y figurent. Elle a quand même gardé les véritables prénoms de ses personnages et n’a surtout pas voulu inventer ce qu’elle ne savait ou n’avait pas pu trouver sur la vie de Thérèse. Car c’est aussi l’un des buts de son roman, mettre Thérèse sous la lumière, personnage méconnu malgré ce qu’elle a fait pendant la guerre.

Claudie Hunzinger reconnait qu’elle n’aurait pas pu écrire ce livre plus tôt. Elle a eu besoin de temps pour prendre la bonne distance avec l’histoire et son histoire familiale. Dans Elles vivaient d’espoir, elle tente de rester totalement objective par rapport à ses parents, ce qu’ils ont fait et ce qu’ils ont été. D’ailleurs pendant toute la durée de la rencontre, elle nous parle d’Emma, de Thérèse, de Marcel, mais jamais ne dira « ma mère » en parlant du personnage de son livre. Cette distance, elle tente de la garder aussi, car elle sait la complexité de certaines situations et ce que certaines époques un peu trouble peuvent engendrer de comportements incompréhensibles quelques décennies plus tard.

Quand on lui demande si elle a parlé de ce projet avec sa mère, elle explique que sa mère quelque part était déjà engagée dans cette démarche. C’est elle qui a écrit les carnets, c’est elle aussi qui a rédigé une sorte de « mémoire » un peu lissé pour ses filles. Ce roman n’est donc qu’une sorte de prolongement à ce que Emma avait déjà mis en place.


Mis à part l’histoire de ce roman, c’est Claudie Hunzinger elle-même qui m’a touchée pendant cette rencontre. On sent que ce qu’elle vient nous présenter est important pour elle. Et elle nous le raconte d’une manière très simple, très humaine, comme a dû l’être l’histoire d’Emma, de Thérèse et de Marcel. L’émotion était palpable dans cette pièce. Émotion d’un auteur qui vient présenter un texte très personnel, émotion aussi dans l’assemblée. Vu le nombre de fois où j’ai senti les frissons me parcourir ce mardi, j’imagine que ce livre est de ceux qui touchent et qui marquent. A suivre prochainement…

Merci en tout cas à Claudie Hunzinger et à La cour des grands pour cette rencontre.

Pour plus d’information, vous pourrez trouver sur le site de Claudie Hunzinger :

  • des extraits du roman
  • la genèse du roman
  • Claudie Hunzinger, l’artiste-plasticienne, travaille sur les livre, les bibliothèques, les écritures de la nature


Crédit photo : © Xavier Zimbardo (sur le site de Claudie Hunzinger)

« Elles vivaient d’espoir » : genèse du roman

Cette chronique a déjà été lue 14376 fois.

%d blogueurs aiment cette page :