J’avais découvert John Marcus lors de mon tout premier partenariat chez feu BoB. C’était avec L’éclat du diamant, en octobre 2009. Puis L’homme qui rêvait, en mai dernier, confirmait mon intérêt pour l’auteur (il suffirait de demander à M. Tulisquoi qui devait supporter mes <mode groupie on> « ah, mais c’est trop bien expliqué le système dans lequel on vit » ou encore les « mais c’est lui qui devrait se présenter à la présidentielle » pour finir par des « mais pourquoi personne ne crée le Parti international du bien-être, hein dit ?!! » </mode groupie off>.

Oui, parfois, je peux être un peu hystérique quand un sujet me touche. Et c’est pour cette raison que j’ai voulu connaître les lectures de John Marcus. Je ne vous cache pas que j’espérais également y trouver un élément qui allait nous donner plus d’informations sur qui se cache derrière ce pseudonyme… Mais non, rien.

Alors on découvre les lectures de John et on comprend un peu mieux d’où viennent toutes les références de ses livres !

Tu lis quoi John ?

Je viens de relire La Constitution d’Athènes attribuée à… Aristote, un témoignage passionnant qui nous rappelle les débuts tumultueux de la démocratie athénienne. En nos temps difficiles, où la résignation semble être le seul horizon des professionnels de la politique, revenir aux fondamentaux de l’action publique n’est pas un luxe. Comme le résume très bien l’helléniste Pierre Judet de la Combe, « l’acte fondateur de l’égalité politique athénienne fut la décision révolutionnaire de Solon d’abolir les dettes de ses concitoyens ». Ainsi peut-on lire dans La Constitution : « La foule était l’esclave de la minorité [… ] Au début de son élégie, il [ Solon ] affirma craindre l’Avidité et l’Orgueil parce qu’elles avaient généré la Haine […] Il fit des lois et abolit les dettes, tant privées que publiques par la mesure que l’on appela sisachthie (« libération du joug ») ». Car c’est l’endettement qui créait l’esclavage de ceux qui ne disposaient pas d’autre capital qu’eux-mêmes. Solon leur restitua leur liberté, leur dignité, leur « égalité » d’être humain. Aujourd’hui, c’est bien l’endettement infini qui est l’esclavage moderne des hommes, des femmes et des pays. Alors, faisons comme Solon, libérons-nous de cette tyrannie insupportable de l’argent, de cette « relique barbare » qui empoisonne la vie des humains depuis le début de la civilisation. Que l’on cesse enfin de nous prendre pour des esclaves ! Il s’agit donc, vous le voyez, d’une lecture d’espoir.

Mais d’où t’est venue l’idée de lire ce livre ?

Pour la documentation nécessaire à la matière de mes romans. Notamment parce que La Constitution d’Athènes est au centre d’une discussion et d’une scène importante dans Le Magicien, le second tome à paraître de L’Homme qui rêvait. Il est vrai, qu’en ce moment, j’ai le nez plutôt plongé dans les ouvrages de sciences sociales ou dans les « antiquités », comme disaient les anciens, pour nourrir mon travail. Ce  n’est pas très récréatif, mais c’est extrêmement passionnant.

Ton livre précédent ?

De temps en temps, j’interpose une lecture moins fastidieuse et rien ne vaut un bon vrai polar pour se dégourdir les neurones. Un bon vieux Goodis, un Mankell ou un auteur français, Vargas, Férey et plein d’autres. C’était quoi la question ? Ah, oui, le dernier… La monnaie dévoilée par ses crises. Je m’excuse ! Nous sommes loin d’un cabaret enfumé, de la sueur chaude des tropiques ou des accords dorés d’un saxophone…

Trois livres à emmener sur une île déserte ou les trois livres préférés

C’est la question qui tue, ça ! Pauvre de nous, trois livres, seulement… Ben, d’abord le tome III des œuvres complètes de Albert Camus dans La Pléiade (ça fait bien qu’un seul livre, hein ?) qui contient deux de mes textes préférés, La Chute et L’Homme révolté ; ensuite, le triptyque (c’est difficile à démonter, n’est-ce pas, un gros machin comme ça ?) Génie et Folie de l’Homme de Arthur Koestler, cette trilogie magistrale de la connaissance et du questionnement humain que représentent Les Somnambules, Le Cri d’Archimède et Le Cheval dans la locomotive ; enfin, pour se détendre un peu sous l’ombre des cocotiers, l’œuvre complète à paraître en un volume de Milka Waltari, ce maître du roman historique. On peut également imaginer que je serais connecté à l’Internet grâce aux satellites et que je pourrais donc avoir accès sans limites à une encyclopédie électronique…

Corne ou marque-ta-page ?

Alors là, je vais devenir l’homme à abattre de la confrérie Naulleau, de tous ces clercs qui sanctifient encore le livre papier et considèrent que toucher au « verbe » imprimé ou à son support est passible de crime d’hérésie. Je pense au contraire qu’un auteur aime bien que certains de ses (bons) mots, phrases, pensées soient soulignés, appropriés par ses lecteurs. Donc, je ne me prive pas d’utiliser le Stabilo (jaune !) pour surligner mes passages favoris et j’utilise aussi une notation / indexation des pages en collant de petits Post-it. Autant dire que mes livres sont difficilement prêtables ou vendables… Je ne parle pas des beaux livres ou des éditions d’art spécifiques, bien évidemment.

Plutôt livre papier ou livre numérique ?

Plutôt papier pour le moment malgré les possibilités infinies offertes par le support numérique. Pouvoir incorporer, par exemple, du rich media, des cartes, des portfolios à une encyclopédie ; des enregistrements sonores et une interactivité à un livre de langue ; des interviews et de la documentation complémentaire à un roman. Il s’agit vraiment d’une révolution même si ses contours restent encore aujourd’hui assez flous. Le problème de développement éditorial est uniquement financier, car les projets électroniques de qualité demanderont des investissements conséquents. L’avenir n’est pas ce simple transfert de format auquel nous assistons aujourd’hui dans la majorité des cas. Cette perspective est totalement enthousiasmante, car les limites de la création deviennent… infinies.

Quelque chose à ajouter ?

Comme pour le secteur du cinéma, les « professionnels de la profession » (dixit Godard) de l’édition se plaignent souvent d’une quantité trop importante de livres. Ce sont les mêmes qui concentrent 90 % de la production éditoriale dans leurs mains et presque 80 % de la diffusion-distribution totale. Non, Messieurs, l’édition ne souffre pas d’un excès de livres, il n’y en aura jamais assez. Le secteur souffre d’une hégémonie éditoriale et d’un oligopole qui tuent la bibliodiversité ! Donc, chers lecteurs, lisez, toujours et encore plus, mais tentez aussi de lire « différent » de temps en temps, malgré l’effort que représente toujours la découverte d’un auteur, d’un style et d’un univers nouveaux. Vive les livres ! Vive les lecteurs ! Vive la bibliodiversité !

 

Bon, que dire cher John… Non, je ne mets pas plein de Stabilo dans vos livres. Ça vraiment, je ne peux pas le faire à un livre. Par contre, je suis totalement d’accord pour dire qu’il faut sortir des sentiers battus pour les lectures. Souvent, ça donne même lieu à de très belles découvertes. Alors j’en profite pour vous rappeler que le 1er tome des aventures du commissaire Delajoie est toujours un livre en fuite. Si vous souhaitez le découvrir, il suffit de me faire signe par ici.

Encore merci à John et bon dimanche à toutes et à tous !

PS: C’est une impression où le concept de l’île déserte, sans accès à Internet, n’est plus qu’une vague illusion ? 😉

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