On était parti en Suède. Après ça, en dehors de la France, on était allé vers le Sénégal. Cette fois-ci, c’est direction le Québec ! Et attention, c’est les lectures d’une avocate de la défense en droit criminel qu’on va découvrir aujourd’hui ! Est-ce que je l’ai rencontrée parce que j’avais besoin de ses services ? Non, non. Et heureusement d’ailleurs ! Comme souvent, c’est twitter qui m’a permis cette rencontre. Alors si vous avez envie de discuter lecture (ou si vous êtes au Québec et que vous avez besoin d’une avocate), suivez Véronique sur twitter ou sur son blog, consacré aux questions de droit.

Tu lis quoi Véronique ?

Je termine Le Dîner d’Herman Koch.

Vraiment un roman étrange, car on réalise au beau milieu du récit avoir eu une perception totalement erronée des protagonistes. On les aime, on les trouve intelligents, on s’identifie à eux, pour finalement se rendre compte que ce sont des êtres sans conscience ou, à tout le moins, de parfaits imbéciles. À coup sur, ce sont des parents débiles et qui pourtant nous ressemblent.

Mais d’où t’est venue l’idée de lire ce livre ?

Un pur hasard. J’ignore quand ce livre est paru au Québec, mais je n’en avais jamais entendu parler et je ne l’ai jamais vu en librairie.

J’étais en escale vers Montréal à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle et je n’avais plus rien à lire pour mon vol de 7 heures. En fait, c’est faux. J’avais Une enquête philosophique de Philippe Kerr sur les genoux, mais je détestais. Il me fallait un livre à tout prix. J’ai trouvé Le Dîner dans une boutique de souvenirs à l’aéroport.

Ton livre précédent ?

C’était La marche de Mina, de Yoko Ogawa.

J’adore Yoko Ogawa. J’adore les écrivaines japonaises en général. Quelques écrivains aussi, mais surtout les écrivaines. La marche de Mina est un des grands romans d’Ogawa. Tout en douceur, comme d’habitude, avec un brin de mystère.  Une douceur qui n’empêche pas l’auteure d’être une véritable chirurgienne de la psychologie des humains qu’elle crée.

Ce qui est exceptionnel, avec La Marche de Mina, c’est cet aspect surréaliste auquel on croit. J’ai même pleuré. Je ne peux pas dévoiler pourquoi ou pour qui j’ai pleuré, mais je me sentais comme une enfant qui perd son ami imaginaire.  Un roman magnifique.

Trois livres à emmener sur une île déserte ou les trois livres préférés

Adolescente, mon livre fétiche a été L’Avalée des avalés de Réjean Ducharme.

Au début de l’âge adulte, j’ai été foudroyée par Crime et Châtiment de Dostoïevski.

Dans la trentaine, je crois que le livre qui m’a le plus marquée c’est Kitchen de Banana Yoshimoto. J’ignore pourquoi. Peut-être parce que c’est elle qui m’a insufflé cet amour des romancières japonaises.

Corne ou marque-ta-page ?

Elle me fait rire cette question parce que j’en parle souvent avec ma fille adolescente qui prend tellement soin de ses livres que ça frôle le trouble obsessionnel compulsif !

Moi je suis assez corne-page, surtout avec un livre de poche : aucun scrupule à le plier, l’écorner, le gribouiller et le barbouiller. J’adore retrouver un livre qui m’a marquée à l’adolescence et de lire les annotations que j’y avais insérées, et les passages que j’avais soulignés.

En grandissant, je deviens un peu plus réticente à écorner des éditions grand format, sans toutefois faire une attaque de panique si je n’ai pas de signet à portée de la main. Et il m’arrive encore de souligner un passage que j’aime.

Par contre, je ne barbouillerais jamais et n’écornerais jamais un beau livre ou un livre rare. Jamais non plus dans un livre de la Pléiade ni même un livre de chez Zulma. Je suis très amoureuse des livres de Zulma, et de ceux des Allusifs. Même que je les prête avec difficulté.

Plutôt livre papier ou livre numérique ?

J’aime les livres. J’ai une relation charnelle avec les livres que je lis. D’ailleurs, je déteste emprunter un livre, que ce soit à un ami ou à la bibliothèque. J’ai besoin que le livre que je tiens soit le mien. J’aime le livre que je tiens. Je le trouve beau et je suis contente de l’avoir. Alors non, je n’ai pas envie de lire sur un écran d’ordinateur. Je ne lis même pas les journaux à l’écran.

Quelque chose à ajouter ?

En voyage, avant de lire Invisible et La Marche de Mina, j’ai lu les deux premiers tomes d’une pentalogie intitulé Le poids des secrets d’Aki Shimazaki, une écrivaine québécoise née au Japon. Tsubaki, Hamaguri, Tsunabe, Wasurenagusa et Hotaru. Trois de ces cinq courts et ravissants romans ont été primés ici. Les titres sont beaux, les couvertures de Babel sont belles et les secrets sont envoûtants.

J’étais bien triste d’avoir apporté seulement les deux premiers dans ma valise, et je replonge dans ces secrets de famille, secrets culturels, secrets de guerre et d’État, dès que j’ai terminé de remplir ce questionnaire, c’est-à-dire tout de suite !
Bonne lecture !

 

Forcément, j’ai vu cette interview avant de la publier ici. Et, hier après-midi, de passage à la librairie pour acheter 1Q84, je suis tombée par hasard (si, si, je ne le cherchais même pas !) sur La Marche de Mina. Il passera donc prochainement sur ce blog.

Un conseil également. Si vous n’avez pas encore lu la pentalogie Le poids des secrets, ne faites pas la même erreur que moi (et que Véronique, visiblement !) : achetez-les tous d’un coup ! J’avais acheté le tout premier… et arrivé à la fin, j’étais un peu désespérée de ne pas avoir la suite sous la main. Alors ensuite, j’ai acheté le tome 2 et 3, pensant que ça me suffirait pour un moment. Mais non ! Il faut les cinq pour les lire l’un à la suite de l’autre et savourer les liens qui se créent au fur et à mesure des tomes. Un vrai régal !

Merci encore à Véronique pour avoir partagé ses lectures. Bon dimanche à toutes et à tous !

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