«La collection Collatéral croise littérature et photographie contemporaines en partant du constat que le texte est image comme l’image est texte. Ce qui compte ici, c’est le rapport entre ces deux écritures, le point de tension que la mise en page va révéler.»

Mais d’où t’es venue l’idée de lire ce livre ?

Mis en avant à la libraire La cour des grands, je l’ai choisi pour la découverte d’une maison d’édition que je ne connaissais pas encore, et pour cette mise en relation de photos avec un texte.

La quatrième de couv :

Un homme assiste au déménagement de l’appartement de sa mère qui vient de mourir. Peu à peu, les agissements et les commentaires des déménageurs le replongent dans le passé et convoquent des souvenirs précis. Que faut-il garder ? Que faut-il jeter ? À mesure que l’appartement se vide, la mémoire du narrateur se met en marche jusqu’au moment où il se retrouve seul, un appareil photo chargé d’une pellicule 24 poses à la main…

À partir des photographies de Frédéric Lecloux, réalisées dans l’intimité de l’appartement de sa grand-mère à Bruxelles, Ingrid Thobois a imaginé un texte de fiction comme une mise en abyme poétique.

Mon avis :

24 photos prises dans l’appartement de la grand-mère du photographe Frédéric Lecloux. Des photographies prises pendant «trois jours jours à mesurer la solitude d’un lieu, d’une vie où presque rien n’avait bougé en quinze ans. Ces vingt-quatre photographies sont essentiellement travaillées par la magnitude de ce figement et par l’aberration de l’absence de l’autre.»

Ingrid Thobois a reçu ces 24 tirages, sans indication de date, de lieu ou même d’un prénom. «Toute la place laissée à l’invention d’écrire, à partir d’un espace et d’une silhouette donnés.» Alors pendant des semaines, elle attend. Regarde les images, mais n’écrit pas. «J’ai attendu que chaque cliché se raconte, puis que ces vingt-quatre clichés me racontent une histoire.»

Et l’histoire racontée par ses 24 images est celle d’un monsieur, qu’on suppose dans la force de l’âge, qui vient vider l’appartement de sa mère qui vient de mourir. Devant les déménageurs, venus là pour emporter tout ce qui est à vendre, à donner, à jeter, il se retrouve à devoir faire le tri de ce qui a été gardé amoureusement pendant toute une vie. Que faut-il garder dans tout cela ? Qu’est-ce qui représente, parmi tous ces objets, ce qui caractérise le mieux sa mère ? Qu’aura-t-elle voulu qu’il garde en souvenir d’elle ? Et jeter des choses lui ayant appartenu, est-ce que ce n’est pas aussi un peu jeter ce qu’était sa mère ? «Je reviendrai plus tard enfin pour l’inventaire de tes habits, les albums photos et ta mémoire en carnets. Ai-je le droit ou le devoir de les lire ? Comment être certain qu’un texte n’a été écrit pour personne ? Comment savoir si lire n’est pas violer ?»

Il y a beaucoup de pudeur dans ce texte. Beaucoup de retenu pour exprimer cette relation mère-fils qui n’a visiblement pas toujours été simple. Ce décès et ce déménagement sont l’occasion pour le narrateur de revenir sur la place qu’il a occupé dans sa famille, la place qu’a tenu son frère aussi, qui finalement, selon lui, aurait été plus à même d’effectuer cette tâche… L’écriture est belle et, tout le long, portée par les 24 photographies de cet appartement figé. Une collection et un auteur à suivre !

Extraits :

Un extrait de ce livre a été posté dans l’extrait du mardi.

Détails :

Auteur : Ingrid Thobois
Photographe : Frédéric Lecloux
Éditeur : Le bec en l’air
Date de parution : 10/2008
93 pages

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