Un texte fort sur l’Algérie contemporaine et sa jeunesse, mêlant les sens interdits réels et métaphoriques !

Mais d’où t’es venue l’idée de lire ce livre ?

Encore une fois, ce livre a fait partie d’une échange avec Dadi.

La quatrième de couv :

Comment expliquer, et donc comprendre, un fait, en apparence, banal : la disparition d’une femme, sans remonter dans le passé, revenir sur des événements emblématiques, rappeler l’histoire, le contexte, démêler les fils enchevêtrés de ses propres liens avec un monde, qui se nomme ici : l’Algérie ? Pour Maroued, l’amant de Yasmina qui a disparu, cette remontée dans le temps ne peut se faire que par bouffées successives qui s’engrangent, chacune, à partir de la scène cruciale, d’autant plus cruciale qu’elle l’a amené au bord de la folie, où, sur un pont de la ville de Constantine, avec ses amis Larbi et Nabile, se matérialisèrent, soudain, l’impasse et l’abîme auxquels ils étaient promis. Le roman – et c’est, là, un de ses intérêts – est construit à partir de l’image de cette scène, si chargée de sens multiples, devenue si obsessionnelle pour le personnage central, Maroued, qu’elle nous est livrée, d’abord, comme une énigme indéchiffrable. Racontée d’une manière lancinante au fil du livre, elle s’éclaire, à mesure, des différents éléments de la tragédie qui la constitue. Plus que d’un premier roman, il s’agit ici du livre d’un écrivain vrai qui nous restitue, à travers tous les registres de la langue, la folie de l’homme dans un monde à la fois proche et très lointain.

Mon avis :

«Ils ont failli la tuer cet après-midi.» Elle, c’est Yasmina qui se retrouve en l’espace de quelques secondes prise à partie sur la place publique par «ils», c’est nouveaux intégristes d’Algérie, trouvent sa jupe trop courte, pense qu’elle transporte de l’alcool et puis tout simplement parce qu’ils ont besoin de s’en prendre à quelqu’un… Maroued, Larbi et Nabile, qui étaient avec elle cet après-midi là, mais n’ont rien pu faire, tentent de comprendre. Alors un parallèle va se mettre en place entre leur va-et-svient sur un pont – bloqué d’un côté par un panneau Stop et, de l’autre, un panneau Sens interdit -, alors qu’ils tentent désespérément de comprendre comment leur pays en est arrivé là, comment les hommes de leur pays en sont arrivés là, et des allers-retours sur le passé, celui des premiers signes qu’ils n’ont pas sus, ou voulus, voir. Ils reviennent aussi sur les combats qu’ils ont pensés mener en tant qu’étudiant pour garder leur liberté d’expression, leur liberté tout court…

Mélangeant les styles entre le récit, les poèmes, des extraits de théâtre, l’auteur nous fait découvrir cette Algérie gagnée presque insidieusement par l’intégrisme. Le ton est dur envers ces hommes «se prenant pour les représentants de Dieu, les représentants du bien absolu, de la vérité absolue, de la science infuse», alors qu’«ils se jouaient à eux-mêmes et entre eux à qui assurerait avant les autres la route du paradis en accumulant le plus grand nombre de points, réduisant toute relation spirituelle ou toute question métaphysique à une logique de marchand de tapis». Mais il y a aussi une sorte de reproche envers ceux, aussi, qui ont laissé une telle chose se produire…

Même si parfois je n’ai pas tout à fait apprécié le style, notamment l’aspect plus poétique, même si parfois je m’y suis un peu perdu dans le labyrinthe du passé et du présent raconté par les différents protagonistes, Les sens interdits reste un texte puissant qui dépeint la situation de la jeunesse algérienne contemporaine, perdue quelque part entre une volonté d’émancipation et un héritage religieux strict. La langue y est importante, jouant sur ces sens interdits, qu’ils soient réels ou métaphoriques.

Extraits

Un extrait de ce livre a été posté dans l’extrait du mardi.

Détails :

Auteur : Mourad Djebel
Editeur : Barzakh
Date de parution : 05/2009
237 pages

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