Vous avez envie de kidnapper votre patron pour lui faire comprendre que vous existez en dehors de toute considération financière ? Voilà la méthode.

Mais d’où t’es venue l’idée de lire ce livre ?

Découvert par hasard chez BoB, les noms de Lakshmi Mittal et d’ArcelorMittal ont fait tilt dans la tête de la mosellane, proche des vallées sidérurgiques, que je suis. Moins de deux jours plus tard, je le trouvais chez le bouquiniste et le voilà ici aujourd’hui pour vous !

La quatrième de couv :

Ce qui m’intéresse, moi, c’est de savoir combien vous valez, vous, dans ce monde-ci. Vous et rien que vous. Ça m’intéresse de savoir à combien exactement vous vous estimez.
Epineuse question à laquelle devra répondre Lakshmi Mittal, une des plus grosses fortunes mondiales, s’il veut être libéré.
Richard, son ravisseur – ému par le drame d’Octavio, licencié suite à la fermeture d’un haut-fourneau liégeois – décide de  « changer l’ordre des choses » . Il met alors sur pied un plan audacieux pour enlever le célèbre magnat de l’acier et le contraindre à réaliser des oeuvres d’art contemporain de plus en plus absurdes…
Au-delà de son aspect humoristique et léger, cette histoire est aussi l’occasion de se pencher sur la politique des gros industriels. Un récit intelligent, totalement surréaliste et délicieusement entraînant.

Mon avis :

Nicolas Ancion nous prévient dès la première page. Ceci est un roman et tout est imaginaire, aussi bien l’histoire que les personnages. Et de l’imagination, il en a à revendre, Nicolas Ancion ! Et de l’audace aussi ! Souvent dans les romans, on nous parle de manière détournée des marques ou des personnes connues. Question de discrétion, je suppose. Ici, pas question de discrétion. On fonce dans le tas et dès le début.

On a donc d’un côté Lakshmi Mittal, magna de l’acier qui, dans la vrai vie, avait créé de nombreux remous politique (entre autres) lors de l’OPA hostile lancée en 2006 contre Arcelor. Dans le monde imaginaire de Nicolas Ancion, le voilà kidnappé par de soi-disant journalistes, mis dans des situations rocambolesques, accoutré de manière ridicule parfois, privé de tous ses liens habituels avec ses conseillers et son entreprise.

De l’autre côté, on a les employés de Mittal. Enfin, les ex-employés, vu que M. Mittal a décidé, pour des raisons économiques de fermer les hauts-fourneaux. Et ces hommes qui ne demandent qu’à faire vivre leur famille, donner le meilleur d’eux-même dans leur boulot se retrouvent du jour au lendemain au pied du mur.

Et les voilà donc lancé dans une folle équipée, initiée par un artiste en mal de reconnaissance, qui décide de changer l’ordre des choses en mettant « à nu » cet homme qui a tout pouvoir sur leur vie.

Alors c’est parfois un peu simpliste. On croise les raccourcis attendus du méchant capitaliste d’un côté et des ouvriers de l’autre, des syndicats et des hommes politiques. Et puis toutes les situations sont loin d’être vraisemblables, surtout concernant les attitudes et réactions de Mittal, mais, au fond, on est dans une sorte de fable et une fois cela accepté, on partage tous les tours pendables de ces compères qui rêvent de changer le monde.

Mais il y a une chose qu’on ne pourra pas reprocher à Nicolas Ancion : sa région et ces habitants, il les aime et cela se sent tout le long du récit.

A lire si vous rêvez vous aussi de kidnapper les « grands » de ce monde !

Extraits

Un premier extrait de ce livre a été posté dans l’extrait du mardi.

« La télévision, c’est la boîte à bonheur. Tout peut s’y acheter, même l’argent, même les dettes, il suffit de sourire, d’avoir le coeur léger et de vivre en musique, comme ces voitures rutilantes qui roulent en liberté dans des canyons déserts, loin des routes et des stations-services, elles ne consomment rien d’autre que du plaisir, car c’est le maître mot au royaume des images et du son, se faire plaisir, jouer avec conviction le rôle du type épanoui, radieux, victime consentante de la dictature du tout va bien, cette fiction permanente qu’on inflige 24 heures sur 24 en la faisant passer pour la réalité. » p.68

« Tu n’achètes plus que ce dont tu as vraiment besoin : ta nourriture, ton pain de savon, ton bouquin pour lire le soir et t’endormir tranquille loin de la télé. Tu ne seras pas plus malheureux qu’aujourd’hui, tu auras peut-être envie de sortir de chez toi pour rencontrer des gens. Ils te feront sans doute moins peur vu que tu n’entendras plus les conneries que la radio et la télé propagent » p.113

Détails :

Auteur : Nicolas Ancion (blog) | Nicolas Ancion (site officiel)
Editeur : Luc Pire
Date de parution : 27/08/2009
284 pages

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