L’insoutenable légèreté de l’être – KunderaKundera ça parle de toi, de moi, de notre rapport à l’amour, à la vie. De l’équilibre fragile entre la gravité et la légèreté des choses de l’amour.

La quatrième de couv

«Qu’est-il resté des agonisants du Cambodge?
Une grande photo de la star américaine tenant dans ses bras un enfant jaune.
Qu’est-il resté de Tomas?
Une inscription : Il voulait le Royaume de Dieu sur la terre.
Qu’est-il resté de Beethoven?
Un homme morose à l’invraisemblable crinière, qui prononce d’une voix sombre : « Es muss sein! »
Qu’est-il resté de Franz?
Une inscription : Après un long égarement, le retour.
Et ainsi de suite, et ainsi de suite. Avant d’être oubliés, nous serons changés en kitsch. Le kitsch, c’est la station de correspondance entre l’être et l’oubli.»

Mon avis

Pendant longtemps j’ai eu peur de Kundera. Rapport au fait que je n’ai jamais fait d’études littéraires. Que j’ai toujours pensé qu’il fallait une sorte d’intronisation dans cet univers pour comprendre les mots, le sens. Ces sortes de complexes ridicules des non-littéraires…

Mais en fait, Kundera ça parle de toi, de moi, de notre rapport à l’amour, à la vie. Qu’est-ce qui est grave au final ? Un don Juan qui n’aime qu’une femme, mais a besoin de faire l’amour à 10 autres pour se sentir exister ? Est-ce de la légèreté cet amour purement physique ? Ou l’amour, le seul, le vrai, l’unique ne peut-il exister que dans la gravité ? Et à travers cet amour ? Que disons-nous à l’autre ?

Mais peut-être que la gravité se situe plutôt du côté de ces envahisseurs qui jetteront nos deux tourtereaux hors de leur pays. Qui feront perdre à notre héros son métier parce qu’il a osé critiquer le régime totalitaire en place. Et les laissera finir leur vie dans une campagne reculée…

Où est la gravité ? Où est la légèreté dans ce monde ? Kundera ne tranchera pas. Chacun ayant ses propres frontières, fluctuantes en fonction de l’époque, de la personne. Tout se joue donc entre ce Es muss sein ! et le Es könnte auch anders sein. Deux phrases qui résonnent encore plus fortement en allemand. A chacun ensuite de se positionner selon son époque et ses valeurs, tout en n’oubliant pas que tout peut souvent se passer autrement…

Extraits

“Si nous sommes incapables d’aimer, c’est peut-être parce que nous désirons être aimés, c’est-à-dire que nous voulons quelque chose de l’autre (l’amour), au lieu de venir à lui sans revendications et ne vouloir que sa simple présence.”

— L’insoutenable légèreté de l’être – Kundera

“Les personnages de mon roman sont mes propres possibilités qui ne se sont pas réalisées. C’est ce qui fait que je les aime tous et que tous m’effraient pareillement.”

— L’insoutenable légèreté de l’être – Kundera

“Ils comprenaient exactement le sens logique des mots qu’ils se disaient, mais sans entendre le murmure du fleuve sémantique qui coulait à travers ces mots.”

— L’insoutenable légèreté de l’être – Kundera

“Nous croyons tous qu’il est impensable que l’amour de notre vie puisse être quelque chose de léger, quelque chose qui ne pèse rien ; nous nous figurons que notre amour est ce qu’il devait être ; que sans lui notre vie ne serait pas notre vie. Nous nous persuadons que Beethoven en personne, morose et la crinière terrifiante, joue son “Es muss sein !” pour notre grand amour.
Thomas se souvenait de la remarque de Tereza sur son ami Z., et constatait que l’histoire d’amour de sa vie ne reposait pas sur “Es muss sein”, mais plutôt sur “Es könnte auch anders sein” : ça aurait très bien pu se passer autrement…”

— L’insoutenable légèreté de l’être – Kundera

Détails

Auteur : Kundera
Editeur : Folio
Date de parution : 1990
480 pages

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