Un livre assez détonant qui mêle religion, sensualité et violence. Mais un roman déroutant aussi entre réalité et imaginaire !

Mais d’où t’es venue l’idée de lire ce livre ?

Dernier livre proposé par Dadi, après Les sens interdits et La préface du nègre.

La quatrième de couv :

A seize ans, on m’a embarqué dans un camion et je me suis retrouvé dans un camp d’entraînement islamiste.
Il y avait une fille, Laya. Une fanatique, une rebelle. Elle était séduisante. Elle ressemblait à ma cousine Sultana, celle qui criait « Suce-moi les seins ! Suce-moi le sein ! » quand nous faisions l’amour. Sauf que Laya ne voulait pas faire l’amour avec moi. Elle préférait écouter mes histoires. Le soir, nous fumions le haschich et je racontais. Parfois, des tirs éclataient. Des choses se sont passées en Algérie, je crois.
Des émeutes, des séditions. Moi, je fumais et je racontais les mêmes histoires et pourtant chaque fois différentes. Dans mon village, on m’appelait « le poète ». Je tenais ça de mon père, qui avait œuvré toute sa vie à traduire le saint Coran en berbère, la langue de l’amour et des oiseaux. Mon père était un fou. Comme moi. Poète et fou, c’est pareil.

Mon avis :

Aïlane a 16 ans quand sa mère l’envoie acheter un pain de sucre pour les invités qui viennent d’arriver… Il ne reviendra qu’au bout de 13 ans, le 11 septembre 2001. Embarqué, un peu par hasard dans un camp d’entraînement islamiste, ce n’est pas de guerre ou de religion qu’il va nous parler, ou si peu. Pour Laya, présente aussi au camps, il va dérouler l’histoire de sa famille, l’accommodant ou la réécrivant, au fur et à mesure des nuits et du haschich fumé.

Il y a des figures fortes dans cette famille : le père tout d’abord, un fou, enfin un poète, mais «poète et fou, c’est pareil». Il a décidé de traduire le Coran en berbère pour sa deuxième femme Chehla, une hérésie selon certains qui le condamnent pour cela. Il y a aussi Rokia, la tante, qui selon les versions serait à la tête d’un réseau de prostituées à Istanbul, marié à un poète ou peut-être bien morte avant même d’avoir franchi les limites de son village. Et puis, il y a cette cousine Sultana, celle qui, dès les premières pages du livre, crie ce  « Suce-moi les seins ! Suce-moi le sein ! » Enfin, il y a aussi le faux Aïlane, celui qui aurait pris la place de cet Aïlane enfermé dans les camps…

Mélangeant sensualité, violence, homosexualité refoulée ou non, religion, ce roman est assez détonant et déroutant. Chacun des personnages est à la recherche d’une forme de liberté, que ce soit en s’enfuyant, en traduisant un livre sacré ou par des relations sexuelles contraires à la religion. Déroutant car, dans ces volutes de fumée de haschich, on a du mal à démêler la réalité de l’imaginaire. Qui est le vrai Aïlane ? Qui est ce faux Aïlane qui aurait pris la place laissée vacante pendant ces 13 années ? La question et le propos de ce livre ne sont certes pas là, mais ce récit aux frontières floues m’aura déstabilisé.

Des trois livres proposés par Dadi, celui-ci est celui que j’ai le moins apprécié, à cause justement de ce flou. Mais cela est peut-être dû aussi au fait que je connais très peu ce pays. Je vous invite à découvrir l’article de Dadi sur ce livre.

Détails :

Auteur : Amin Zaoui
Editeur : Barzakh
Date de parution : 08/2010
171 pages

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