Loin d’eux – Laurent MauvignierEt c’est fort comme un coup de point. Et ça vous laisse pantelant à la dernière page !

La quatrième de couv

Lorsque Luc est parti, ses parents, Jean et Marthe, ont pensé que c’était mieux pour eux trois. Gilbert et Geneviève, son oncle et sa tante, eux aussi ils y ont cru. Mais pas Céline, sa cousine.
Elle, c’est la seule qui n’a pas été surprise, la seule à avoir craint que ce qui en Luc les menaçait tous finisse par s’abattre sur eux.

 

Mon avis

Avec Mauvignier, c’est toujours la même chose. Attention, je ne suis pas en train de dire que tous ses livres sont quasi les mêmes. Loin de là ! Ce que je veux dire avec cette première phrase, c’est que quel que soit le titre choisi, je suis conquise ! Conquise par les sujets choisis par l’auteur. Des sujets populaires, mais dans le bon sens du terme. C’est un peu de nous tous qu’il pourrait parler Laurent Mauvignier. Alors forcément, l’identification est souvent facile.

Mais surtout, Mauvignier ça reste pour moi une écriture qui vit, et qui apporte un chamboulement physique. Ces six voix venues tour à tour nous raconter le malheur de perdre. C’est des mots, bien sûr, qui racontent cette douleur. Mais c’est aussi une ponctuation qui bouscule, qui hachure, qui coupe la respiration. C’est des silences qui percent entre les mots, au milieu des lignes. C’est là tout le talent de cet auteur: nous donner à voir, à ressentir même, ce qu’il y a derrière les mots et derrière les apparences.

Et c’est fort comme un coup de point. Et ça vous laisse pantelant à la dernière page !

Extraits

Lire les premières pages sur le site de la maison d’édition.

La peur, jamais connue ici, ce jour où il y a eu ville morte. Les rideaux de fer, les rues désertes, le journal le lendemain pour qui ça commençait à faire vivre un peu la ville de la voir mourir, la manif dans la rue, le cortège qui s’était retrouvé sous la statue du grand homme en bronze, au pied de la mairie, et nous tous avec nos gueules d’outragés, colères en bandoulière, allons-y, cette fierté qu’on avait tous ensemble de se montrer dans nos rues, devant nos fenêtres, la vague de drapeaux rouges qui était montée au-dessus des têtes, surgissant d’un coup, surtout devant avec les syndiqués, les porte-voix, et nous, comme un flux. Moi je l’ai ressentie comme tout le monde, cette poussée en soi, miraculeuse, à vous faire pleurer, qui vous prenait loin au fond du ventre et serrait la gorge. La voix d’un coup plus forte et plus vibrante à ce moment précis, celui où chacun sentait que ce qu’il faisait là était grand, indépassable, que tous ensemble avec nos bouts de bras on était autre chose que de la main d’œuvre, ah oui, ce moment de passer devant chez nous.

Détails

Auteur : Laurent Mauvignier
Editeur : Les éditions de Minuit
Date de parution : 2002
128 pages

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