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Surveillances – Collectif

Surveillances – Collectif

Surveillances - CollectifCes histoires là vous feront froid dans le dos. Et peut-être même réfléchir à deux fois avant de poster votre localisation au supermarché…

La quatrième de couv :

Fut un temps où la sauvegarde de nos vies (sauvegarde au sens informatique qu’on lui prête aujourd’hui) était l’apanage des artistes, et notamment des écrivains. Mais, à l’heure de la surveillance de masse, des réseaux sociaux et des algorithmes invasifs, si nos vies sont suivies en temps réel, serons-nous encore capables de les écrire ? Née dans un contexte sécuritaire particulier où, de New York à Paris, sous prétexte de lutter efficacement contre le terrorisme, l’état d’urgence est devenu la norme, cette question nous concerne tous.

Parce que la pratique de l’écriture se heurte tout particulièrement à ces enjeux, et dans le prolongement d’un symposium organisé en novembre 2014 dans le cadre du Festival du Film de Lisbonne sur le thème « Créateurs et surveillance », Céline Curiol et Philippe Aigrain ont invité dix écrivains contemporains à donner corps à cette question.

D’Orwell à Amazon en passant par les drones espions, Noémi Lefebvre, Christian Garcin, Marie Cosnay, Céline Curiol, Claro, Carole Zalberg, Bertrand Leclair, Miracle Jones, Cécile Portier, Isabelle Garron, Catherine Dufour et Philippe Aigrain s’en remettent à la fiction et au langage pour nous ouvrir les yeux.

Mon avis :

Que se passerait-il si demain des caméras de surveillance étaient installées dans toutes les salles de classe? Est-ce que les élèves agiraient toujours de la même façon? Ou «être surveillé accroît-il notre sentiment de culpabilité?» Et «si nos vies sont suivies en temps réel, serons-nous encore libres de les écrire ?» Parce qu’à l’heure de la surveillance généralisée, «je te vois quand tu penses que tu es seul avec nous tous. (…) Je te vois quand tu m’entends.»

Douze écrivains pour imaginer ce que serait notre monde à l’heure de la dictature de la surveillance. Douze textes pour composer avec cette idée. Pour ceux qui n’ont rien à se reprocher. Pour ceux aussi qui auraient des choses à cacher. A l’heure où nous partageons volontairement quantité d’informations sur nos parcours, sur nos achats, sur nos loisirs, sur notre vie, quel impact si demain nous versions dans une société sous surveillance constante et contraignante. Si, sous couvert de nous protéger, nous acceptions d’être de potentiels suspects avant tout?

«Cette apparente indifférence du public vis-à-vis de la surveillance de masse vient peut-être du fait que cette surveillance-là se dévoile sous un costume qui nous est familier», nous dit Guillaume Vissac dans la préface. Elle s’est installée petit à petit. Sous prétexte de nous simplifier la vie. Mais au fond… A qui profite cette surveillance là? Et jusqu’où peut-on la laisser s’installer avant qu’il ne soit trop tard? Mais peut-être est-il déjà trop tard ? En tout cas, ces histoires là vous feront froid dans le dos. Et peut-être même réfléchir à deux fois avant de poster votre localisation au supermarché…

Extrait

Découvrir un extrait sur le site des éditions Publie.net.

Surveillances

Détails :

Auteur : Collectif
Éditeur : Publie.net
Date de parution : 11/05/2016

Je respire discrètement par le nez – Fanny Chiarello

Je respire discrètement par le nez – Fanny Chiarello

Je respire discrètement par le nez - Fanny ChiarelloC’est un inventaire des états d’âme, de la vie qui passe. C’est une sorte de pense-bête, une suite d’interrogations, de réflexions, de mise à distance de soi-même.

La quatrième de couv :

Le petit appartement que j’occupe de 2005 à 2007, au deuxième étage du 34 bis, dispose d’une cuisine, de toilettes séparées, d’une salle de bains et d’une chambre qui fait également office de salon, de bibliothèque, de studio et de bureau. Rien n’indique à première vue qu’il s’agisse d’un zeppelin et pourtant c’est bel et bien ce qu’il est : un zeppelin, déguisé en F1 bis de 36 m², incognito. Il flotte sur la petite ville, sur le bois et le canal. À son bord, j’écris un roman intitulé Le Zeppelin ; parallèlement, je tiens un journal qui pourrait s’appeler Journal du Zeppelin (2005-2007), mais non, il s’appelle Je respire discrètement par le nez. Le journal est la fourchette et Le zeppelin est le couteau. Le journal picore la petite ville et Le Zeppelin la taille en pièces. Leurs premiers mots à tous deux ont été griffonnés sur le bail du 34 bis, ainsi que mon nom, comme sur la couverture d’un livre mais tout en bas. Quant au point final du Zeppelin, il met un terme à la discrétion nasale et résilie le bail. Il préside au décollage, avec fanfare et majorettes ; le magnum de champagne rebondit sur la toile, cinq fois, avant de regagner son pyjama.

Mon avis :

C’est un journal de vie de tous les jours. Un état des lieux d’une vie en emménageant. Des trois kilos pris «en deux semaines et aucun croissant au beurre à ce jour ne m’a serrée dans ses bras mais ça viendra, j’en suis sûre». Des souhaits que l’on lance pour les jours de beaux temps. «Ce serait bien de se promener sous un vrai soleil en tenant une main, et ce serait encore mieux avec quelqu’un au bout de cette main.» De la difficulté parfois de vivre seule «Quand on se sent seul on ne sait pas quoi faire de ce soleil et de toute la beauté qu’il soulève sous sa grande paume bleue comme un magnétiseur». Des ami-e-s aussi, comme celui «qui ne répond jamais au téléphone», celle «qui peut se perdre dans une seule rue» ou encore celui «conscient de ses tares psychologiques».

C’est un inventaire des états d’âme, de la vie qui passe, futile, douloureuse, avec ses petits bonheurs aussi quand même. C’est une sorte de pense-bête, une suite d’interrogations, de réflexions, de mise à distance de soi-même. C’est un mélange de vers et de prose, pour raconter un peu de sa vie, un peu de notre vie. Une écriture toute en langueur parfois, et toute en urgence aussi. Mais «maintenant, il va falloir penser à ce que je pourrais bien faire de ma vraie vie». Avant de déposer la lettre pour la résiliation du bail et de continuer vers d’autres aventures.

Extrait

On ne regrette pas un rêve. Les rêvent se perdent dans les supermarchés et les fous rire d’apéros, dans les formulaires multicolores et les trains sponsorisés par le conseil régional, dans les ondes des téléphones portables et les pluies torrentielles qui débordent des gouttières, dans la recherche d’emploi et les disques à pochette cartonnée, dans les gâteaux d’anniversaire et les barbecues de déménagement, dans les sacs d’aspirateur n°147 et le bâillement d’un chat, dans le courrier du jour et les dégâts des eaux.

Lire un extrait.

Détails :

Auteur : Fanny Chiarello
Éditeur : Les Carnets du Dessert de Lune 
Date de parution : 02/05/2016

Merci aux éditions Les Carnets du Dessert de Lune pour ce livre.

L’arbre du pays Toraja – Philippe Claudel

L’arbre du pays Toraja – Philippe Claudel

L'arbre du pays Toraja - Philippe ClaudelPhilippe Claudel nous livre, au travers de son narrateur, une introspection sur sa vie, ses amours, son travail et ses amitiés. Loin d’être désespérant ou déprimant, l’auteur célèbre ici la vie et ses aléas.

La quatrième de couv :

« Qu’est-ce que c’est les vivants ? À première vue, tout n’est qu’évidence. Être avec les vivants. Être dans la vie. Mais qu’est-ce que cela signifie, profondément, être vivant ? Quand je respire et marche, quand je mange, quand je rêve, suis- je pleinement vivant ? Quand je sens la chaleur douce d’Elena, suis-je davantage vivant ? Quel est le plus haut degré du vivant ? »
Un cinéaste au mitan de sa vie perd son meilleur ami et réfléchit sur la part que la mort occupe dans notre existence. Entre deux femmes magnifiques, entre le présent et le passé, dans la mémoire des visages aimés et la lumière des rencontres inattendues, L’Arbre du pays Toraja célèbre les promesses de la vie.

Mon avis :

En Indonésie, où s’est rendu le narrateur, existe le peuple Toraja. L’une de ses particularités est d’intégrer la mort à la vie de tous les jours. Ainsi, par exemple, les très jeunes enfants qui meurent sont déposés dans un arbre, afin que celui-ci les intègre à sa croissance. Les anciens, eux, sont déposés dans des grottes et représentés par une statuette. Loin de vouloir éloigner ou cacher la mort, comme on le fait en occident, ce peuple en fait une fête à part.

Au retour de son voyage, le narrateur apprend que son producteur et meilleur ami, Eugène, a un cancer. Celui à qui il a toujours tout confié risque de mourir. Commence alors pour lui une introspection sur sa vie, ses amours, son travail et ses amitiés. L’homme de 50 ans va aussi se découvrir une charmante voisine, plus jeune, qui là encore va l’amener à reconsidérer ses liaisons passées.

Loin d’être désespérant ou déprimant, l’auteur célèbre ici la vie et ses aléas. Pourtant, il n’aura pas réussi à me toucher ou à m’émouvoir comme dans ses autres romans.

Merci aux éditions Stock pour la découverte, par l’entremise du site NetGalley.

Extrait

Lire les premières pages en ligne.

Détails :

Auteur : Philippe Claudel
Éditeur : Stock
Date de parution : 04/01/2016

Nos corps seront témoins – Camille Cornu

Nos corps seront témoins – Camille Cornu

Nos corps seront témoins – Camille CornuTout est en affrontement dans ce court texte.

La quatrième de couv :

À l’abri de la rue il y a des chambres le chaos du monde en sourdine normalement en privé les gens peuvent dire les choses. Comment parler de ça serait l’angle d’attaque, sans rien en arrondir enfin sauf mes fins de mois. Car ce qu’il y a de pire dans la prostitution c’est bien connu, c’est de devoir se taire, la censure hypocrite. C’est Hanaa qui a commencé, avec elle ce furent quelques mouvements de corps, des gestes et des mots. Suivre Hanaa dans la nuit et l’obscur de la vie, puis ici dans mon lit, la plus belle fille de Paris dans le sommeil la peau nue contre moi.

Mon avis :

Elle a commencé parce qu’elle lui a dit «toi aussi tu pourrais. C’est maintenant ou jamais, rentabiliser ta jeunesse, ta beauté, aussi ton inconscience ou l’absurdité du monde et le désespoir des hommes, vraiment c’est sans danger». Et d’imaginer tout de suite qu’elle pourrait se «spécialiser dans le S.M., si simple, les hommes ne me toucheraient pas et en plus j’aurais le droit de les frapper, ça ne se refuse pas c’est vrai». Elle décide alors de suivre Hanaa, son amante, dans ce jeu de corps.

Dans cette «parenthèse dans l’espace-temps», avant de retourner un jour vers sa vie normale, elle va découvrir l’ascendant fort qu’exerce son amante sur elle, l’ascendant factice aussi qu’elle décide de prendre sur les hommes qui paieront pour l’avoir quelques heures dans leur lit. Il y a d’un côté le plaisir et les moments de quiétude relatifs dans les bras de Hanaa et de l’autre les scènes où tout est joué, tout est vécu comme en dehors de son propre corps, toujours en réflexion sur ce qui se joue au niveau de l’intime et de la vie. Et ce problème aussi de voir ses amies, celles de la « vraie » vie, avec qui «on ne peut pas parler de ça, le langage s’est scindé, la vie s’est diffractée et le corps traversé de ces hurlements sourds».

Tout est en affrontement dans ce court texte: le corps, la parole, les hommes contre les femmes et même les femmes entre elles. Tout jusque dans le texte lui-même, mêlant le langage de la prostitution et les grands philosophes. Tout jusque dans la construction du récit, qui introduit des notes de bas de page qui viennent sans cesse dynamiter la lecture et les certitudes…

Extraits

Avec Hanaa non plus on n’en a pas parlé. J’aurais bien aimé m’extasier, dire c’est fou quand même ce que j’ai fait, en plus c’est interdit, la loi la morale et tout ça. Mais il n’y avait rien à dire et elle le savait, jamais intéressants tous ces jobs étudiants. La seule chose qu’il y avait à dire aurait été à mon amie et à tous les autres, tous ces asservis de la vie, de la morale, ceux qui ne savent pas, ceux qui répondraient que ça ne se fait pas, parce que c’est comme ça, que c’est dangereux puisque c’est invisible, que ça échappe donc au contrôle et aux impôts. Mais peut-être leur dire, en fait tout le monde fait ça, c’est une règle générale, et alors les mettre face à ça, ce que la prostitution cristallise, ça existe partout sous une forme hypocrite. Alors la seule façon d’en tirer parti serait de refuser l’hypocrisie. Plonger dans le système à plein corps et s’en prendre vraiment la violence dans la gueule serait le désamorcer. Et finalement pas de violence, aucun éclat, tout est normal, tout est avoué, tout est dit, je vais bien, les hommes, l’argent, oui j’ai enfin trouvé la solution, la seule.

Détails :

Auteur : Camille Cornu
Éditeur : E-fractions
Date de parution : 09/09/2015

Pas dans le cul aujourd’hui – Jana Černá

Pas dans le cul aujourd’hui – Jana Černá

Pas dans le cul aujourd'hui - Jana ČernáUne très belle lettre qui se lit presque d’une traite…

La quatrième de couv :

«Je ne pouvais pas rentrer et me mettre au travail, me mettre au travail comme si de rien n’était, alors j’ai commencé à écrire cette lettre qui n’a ni rime ni raison, où je ne veux rien révéler ni rien résoudre, mais je ne crois pas qu’il y ait besoin d’explication, tu comprendras sûrement et ça ne te posera pas de problème.»

Mon avis :

On ne va pas se mentir… Parfois, le choix d’un livre tient à pas grand-chose. Ici, c’est bien sûr le titre qui a attiré mon oeil dans ma librairie habituelle. Et puis, en feuilletant, je tombe sur le poème dont est extrait ce titre:

Pas dans le cul aujourd’hui
J’ai mal

Et puis j’aimerais d’abord discuter un peu avec toi
car j’ai de l’estime pour ton intellect

On peut supposer
que ce soit suffisant
pour baiser en direction de la stratosphère

Une fois plongé dans le texte, c’est une l’histoire d’une femme étonnante que l’on découvre. Dans la note de l’éditrice tout d’abord, où l’on découvre son parcours dans l’après-guerre dans les pays de l’Est. Puis dans cette magnifique lettre qu’elle fait à son amant.

En 80 pages environ, elle va déclarer sa flamme, sa vision de l’amour et de la vie à son amant qui se trouve loin d’elle. Il y a de l’érotisme là-dedans. De la liberté de vivre sa vie sans céder aux préjugés ou au moule dans lesquels on veut enfermer les gens. D’autant plus dans le début des années 60 à Prague. Il y a cette volonté de mêler l’intellect au sexe pour sublimer l’un et l’autre. Et de fuir tout ce qui est raisonnable, car «le raisonnable me ferait mourir en moins d’une semaine de la mort la plus triste qui soit, le raisonnable détruit en moi tout ce qui fait sens, il m’ôte toutes mes forces, qu’elles soient érotiques, intellectuelles ou autres».

Une très belle lettre qui se lit presque d’une traite…

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Détails :

Auteur : Jana Černá
Éditeur : La contre allée
Date de parution : 28/08/2014